Suisse

Cette vue thématique regroupe toutes les sous-chapitres consacrés aux aspects climatiques spécifiques à la Suisse et les présente de manière claire et chronologique, pour un aperçu rapide et ciblé.

En 2024, la température à la surface de la TerreA dans la région alpine et en Suisse était déjà supérieure de 2,9 °CE à la moyenne de 1871–1900. Depuis plusieurs décennies, la région alpine s’est réchauffée environ 2,2 fois plus que la moyenne mondiale.2, 11

Les causes de ce réchauffement plus important que la moyenne mondiale sont principalement la situation géographique de la Suisse à la surface terrestre (qui se réchauffe plus que les océans) et la diminution de la couverture neigeuse et glaciaire.10 D’autres causes possibles sont les changements aléatoires ou systématiques des courants atmosphériques et la diminution de la concentration des particules dans l’air (aérosols).10

En 2023, les émissions de gaz à effet de serre en Suisse (hors trafic aérien international) étaient composées à 78,5 % de CO2, provenant principalement de la combustion de combustibles et de carburants fossiles. Le reste était principalement constitué de méthane et de protoxyde d’azote provenant de l’agriculture et de la gestion des déchets (décharges et traitement des eaux usées). En 2023, les secteurs qui contribuaient le plus aux émissions nationales de gaz à effet de serre en Suisse étaient les transports avec 33,6 %, suivis de l’industrie et du secteur du bâtiment (ménages et services) avec 22,2 % chacun.12 Le trafic aérien international est présenté séparément dans l’inventaire suisse des gaz à effet de serre et représentait 11 % des émissions totales en 2019, année précédant la COVID. L’impact climatique du trafic aérien, dû aux émissions de substances à courte durée de vie et à leurs effets (p. ex. les traînées de condensation), est actuellement environ 2,0 à 2,7 fois plus élevé que celui calculé sur la base des seules émissions de CO2. Le trafic aérien est donc responsable d’environ un quart de l’impact climatique de la Suisse (hors émissions induites par les importations, voir encadré 1).13

Encadré 1: Calcul de l’inventaire des gaz à effet de serre: émissions induites par la production vs. émissions induites par la consommation

Les règles selon lesquelles les États signataires de l’Accord de Paris doivent établir un inventaire des gaz à effet de serre sont définies dans le cadre dit « Enhanced Transparency Framework » (ETF)14, qui a été adopté en 2018 lors de la COP24 à Katowice. Il s’appuie sur les lignes directrices du GIEC et suit des normes internationales. L’inventaire doit être exprimé en équivalents CO2 et couvrir les sources d’émissions et les puits de gaz à effet de serre dans tous les secteurs concernés. Cela comprend l’énergie, les processus industriels et les émissions induites par les produits, l’agriculture, ainsi que l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (LULUCF) de plus que les déchets. Toutefois, seules les émissions induites par la production d’un pays sont prises en compte. Cela signifie que seules les émissions de gaz à effet de serre générées à l’intérieur des frontières nationales sont enregistrées, que les biens soient ensuite exportés ou consommés dans le pays. Cette approche est appelée principe de territorialité.

L’empreinte carbone est une autre façon de quantifier les émissions d’un pays. Elle comprend les émissions induites par la consommation (c’est-à-dire celles générées par la consommation finale de biens et de services dans un pays). Elle tient donc également compte des émissions induites par les importations, qui sont générées, p. ex., tout au long de la chaîne d’approvisionnement à l’étranger. Les émissions induites par les exportations, qui sont générées par la production nationale de biens et de services destinés à l’exportation, en sont déduites. Le calcul d’un inventaire des gaz à effet de serre basé sur la consommation n’est pas obligatoire dans le cadre de l’Accord de Paris. Cela est important pour la Suisse, car les émissions induites par la consommation sont environ 2,6 à 3,1 fois plus élevées que les émissions induites par la production seule en raison de l’intensité des importations du pays.15 

Les émissions dites « grises » sont un autre paramètre régulièrement mentionné dans le contexte des émissions et des inventaires des gaz à effet de serre. Elles désignent toutes les émissions en amont d’un produit ou d’un service en Suisse et à l’étranger, telles que leur transport. À titre de distinction: les « scopes » (1, 2, 3) fréquemment utilisés ne proviennent pas des règles de la CCNUCC, mais du Greenhouse Gas Protocol et décrivent la classification des émissions du point de vue des entreprises (voir également le glossaire).

Inventaire des gaz à effet de serre en Suisse.

Figure 3 : Répartition des émissions de gaz à effet de serre induites par la production en Suisse par secteur (en %). Le trafic aérien et maritime international n’est pas pris en compte.12

A) La Suisse dans son ensemblen

Les fortes précipitations quotidiennes sont aujourd’hui 26 % plus fréquentes et 12 % plus intenses en Suisse qu’au début du XXe siècle. Les fortes précipitations estivales de courte durée, en particulier, sont devenues plus intenses.25 La fréquence de la grêle en Suisse a augmenté de 50 % à 100 % depuis 1959.9 Depuis 1961, la limite du zéro degré a augmenté de 300 à 400 m.10 Le nombre de jours avec un manteau neigeux à basse et moyenne altitude (en dessous de 2000 m) a considérablement diminué, d’environ 4 à 5 jours par décennie.26

Les périodes de grande chaleur sont également devenues plus fréquentes et plus intenses en Suisse, tandis que les vagues de froid ont tendance à diminuer, avec jusqu’à 60 % de jours de gel en moins.10 Ces conclusions sur les conséquences du changement climatique observées jusqu’à présent sont résumées dans la figure 4.

Concéquences observés du changement climatique pour la Suisse

Figure 4 : Changements importants du climat et de l’environnement en Suisse, basés sur des données d’observation.74

Les émissions de gaz à effet de serre induites par la production en Suisse ont diminué d’environ 26,1 % entre 1990 et 2023, tandis que les émissions induites par la production par habitant ont baissé de 44 %.100 La principale raison de cette réduction des émissions entre 1990 et 2023 a été une diminution de l’intensité énergétique (consommation d’énergie par PIB) d’environ moitié, suivie d’une diminution de l’intensité carbone (émissions de CO2 par consommation d’énergie) d’environ 20 %.88, 101, 102 Depuis 1990, l’évolution des émissions de CO2 induites par la production en Suisse suit globalement la même tendance qu’en Europe (voir fig. 5). En termes de réduction de son empreinte CO2 (hors autres gaz à effet de serre), la Suisse obtient toutefois des résultats moins bons que plusieurs de ses pays voisins ou pays ayant un niveau de développement similaire (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Suède).103 Le découplage entre croissance économique et émissions, observable dans plusieurs pays de l’UE, ne s’applique donc pas dans la même mesure à la Suisse.87, 103

L’émissions de CO2 normalisées par habitant induites par la production à l'échelle mondiale, en Europe et en Suisse.

Figure 5a : Comparaison de l’évolution dans le temps des émissions de CO2 normalisées par habitant induites par la production à l’échelle mondiale, en Europe et en Suisse. Alors qu’une légère baisse est observée en Europe et en Suisse, les émissions mondiales augmentent ou stagnent.104 Malgré la baisse des émissions induites par la production, les émissions de CO2 par habitant induites par la consommation (totales) en Suisse restent 2,5 à 3 fois supérieures à la moyenne mondiale.105, 412

L’émissions de CO2 normalisées induites par la production à l'échelle mondiale, en Europe et en Suisse.

Figure 5b : Comparaison de l’évolution dans le temps des émissions de CO2 normalisées induites par la production à l’échelle mondiale, en Europe et en Suisse. Alors qu’une légère baisse est observée en Europe et en Suisse, les émissions mondiales augmentent ou stagnent.104

Les émissions de gaz à effet de serre induites par les importations de la Suisse sont aujourd’hui plus de deux fois supérieures à celles induites par la production, car la Suisse est un importateur net de marchandises (voir fig. 6). Les émissions induites par les importations sont restées à peu près constantes depuis 2000.

Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse par habitant

Figure 6a : Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse par habitant.15 Alors qu’on observe une légère baisse des émissions nationales (liées à la production), les émissions induites par les importations restent constantes à un niveau élevé.

Bilan des gaz à effet de serre des émissions liées aux importations et à la production en Suisse

Figure 6b : Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse totale.15 Alors qu’on observe une légère baisse des émissions nationales (liées à la production), les émissions induites par les importations restent constantes à un niveau élevé.

Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS), les émissions de gaz à effet de serre induites par la consommation ont diminué d’environ 10 % au total et de 30 % par habitant depuis 2000.15 Les émissions induites par la consommation (totales) comprennent ici la somme des émissions induites par les importations et par la production, moins les émissions induites par les exportations. Les émissions induites par les importations étant restées constantes, la baisse est donc principalement imputable aux émissions induites par la production. L’évaluation de l’évolution des émissions induites par la consommation en Suisse dépend toutefois des données et des bases de calcul choisies. Contrairement aux résultats de l’OFS, d’autres sources indiquent parfois une faible croissance des émissions totales induites par la consommation (+1,3 % par an)105 ou une légère baisse seulement (– 0,35 % par an).15

Évolution des émissions de gaz à effet de serre induites par la production par secteur

Figure 7 : Évolution des émissions de gaz à effet de serre induites par la production par secteur (les émissions induites par les importations et celles induites par le trafic aérien et maritime ne sont pas prises en compte).12

Les secteurs de l’industrie et du bâtiment font partie des secteurs dans lesquels les émissions de gaz à effet de serre ont considérablement diminué, principalement grâce à des gains d’efficacité. Dans le secteur industriel, la fermeture d’entreprises à fortes émissions depuis 1990 a également entraîné une baisse des émissions (p. ex. dans la production d’aluminium, d’ammoniac et de ciment). Les émissions de l’agriculture, qui se composent principalement de méthane et de protoxyde d’azote, ont également diminué, mais dans une moindre mesure. Les émissions du secteur des transports ont continué d’augmenter jusqu’en 2008 environ en raison de l’augmentation du volume du trafic et du poids des véhicules, et n’étaient en 2023 que légèrement inférieures à leur niveau de 1990.12 Une autre raison possible de la baisse plus importante des émissions dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment par rapport au secteur des transports réside dans les différences de taxation : la taxe sur le CO2, en vigueur en Suisse depuis 2008, s’applique aux combustibles fossiles tels que le mazout et le gaz naturel, mais pas aux carburants tels que l’essence et le diesel. Les incitations à réduire les émissions sont donc moins fortes dans le secteur des transports que dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment.106 Les émissions du trafic aérien international ont globalement augmenté au cours des 30 dernières années (avec des baisses temporaires, p. ex. pendant la COVID) et étaient en 2019 supérieures de plus de 85 % à celles de 1990.100 Un renversement de tendance n’est actuellement pas en vue.

Encadré 2: Politique climatique en Suisse

La voie vers l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 de la Suisse est présentée dans la stratégie climatique à long terme93 et est inscrite dans la loi sur le climat et l’innovation (LCl).94,95 La LCl constitue le cadre juridique de la politique climatique à moyen et long terme. Elle fixe des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par étapes jusqu’en 2050 ainsi que des valeurs indicatives pour les secteurs du bâtiment, des transports (à l’exception du transport aérien et maritime international) et de l’industrie. La Confédération et les cantons jouent un rôle de modèle pour atteindre d’ici à 2040 au minimum zéro émissions nettes de gaz à effet de serre (y compris le scope 3). Pour les entreprises, l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 s’applique (scope 1 et scope 2). Pour atteindre les réductions d’émissions, la LCl mise sur des incitations et des offres de conseil et renonce aux interdictions. Elle soutient en particulier le passage à des systèmes de chauffage respectueux du climat dans le cadre du programme d’impulsion pour des bâtiments respectueux du climat, ainsi que la promotion de technologies et de processus innovants dans les entreprises. L’ordonnance sur la protection du climat (OCI)96 précise les conditions-cadres de ces programmes ainsi que les instruments prévus par la loi (notamment les critères d’octroi d’aides financières, la création d’un réseau dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, les tests climatiques volontaires pour les établissements financiers). Les mesures concrètes visant à mettre en œuvre les objectifs de la LCl sont régies par la loi sur le CO2 et d’autres lois.

La loi sur le CO297 définit le cadre juridique de la politique climatique à court terme de la Suisse. La loi stipule que les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites d’au moins 50 % d’ici 2030 par rapport à 1990 et de 35 % en moyenne entre 2021 et 2030. Les deux tiers de ces réductions doivent être réalisés en Suisse. Pour le tiers restant, la Suisse mise sur des réductions d’émissions à l’étranger (voir encadré 5 et chapitre 3.2.2 A). La loi sur le CO2 régit en outre des mesures concrètes visant à réduire les gaz à effet de serre en Suisse, notamment la taxe sur le CO2, le programme Bâtiments et le système d’échange de quotas d’émission. Une révision de la loi sur le CO2 à partir de 2030 est en préparation. Le projet prévoit un système supplémentaire d’échange de quotas d’émission pour les secteurs du bâtiment et des transports. En outre, la Confédération souhaite accélérer le développement du captage et du stockage du CO2 grâce à une nouvelle loi-cadre.

Conformément à l’Accord de Paris98, la Suisse doit également présenter au niveau international tous les cinq ans de nouveaux objectifs de réduction des émissions (« contributions déterminées au niveau national », NDCs) qui sont plus ambitieux que les précédents. Ainsi, la stratégie climatique à long terme a été complétée en janvier 2025 par les dernières NDC suisses 2031–2035.99 Les objectifs prévoient une réduction des émissions d’au moins 65 % par rapport à 1990 et, en moyenne, les émissions doivent être réduites de 59 % entre 2031 et 2035. Le calcul des objectifs de réduction des émissions selon l’Accord de Paris se base sur les émissions induites par la production d’un État signataire. Dans le cas de la Suisse, cela signifie qu’environ deux tiers des émissions causées par la demande finale suisse ne sont pas prises en compte dans les objectifs nationaux. Pour formuler ses objectifs, la Suisse se base sur son inventaire actuel des gaz à effet de serre, mais ne fixe pas de budget carbone (voir encadré 1 et chapitre 2.1.1).

La Suisse a pris des mesures d’adaptation dans différents secteurs et, dans une moindre mesure, dans plusieurs secteurs à la fois, notamment pour réagir à divers événements extrêmes et à leurs conséquences (voir fig. 8).

Nombre de mesures d'adaptation par risque climatique

Figure 8 : Nombre de mesures d’adaptation par risque climatique. Le graphique montre le nombre de mesures d’adaptation mises en œuvre ou prévues en Suisse pour chaque catégorie de risque (catégories de risque selon Köllner et al.117, données basées sur une base de données du projet NCCS-Impacts « Coûts des effets du changement climatique en Suisse »).

Diverses mesures ont déjà été prises en Suisse pour lutter contre la hausse des températures et le réchauffement des villes supérieur à la moyenne dû à l’effet d’îlot de chaleur urbain. Dans un premier temps, l’accent a été mis sur les plans d’action contre la chaleur et sur les campagnes d’information. Celles-ci visent à informer la population sur les risques sanitaires des épisodes de forte chaleur et à donner des conseils sur le comportement à adopter en cas de températures élevées.118, 119 Ces dernières années, les efforts d’adaptation se sont progressivement étendus aux mesures dans le bâti visant à réduire à long terme l’effet d’îlot de chaleur urbain. Il s’agit notamment de créer davantage d’infrastructures vertes (p. ex., des arbres, des parcs ou des toits végétalisés) et d’utiliser des surfaces réfléchissantes qui emmagasinent moins de chaleur et contribuent ainsi à réduire la température ambiante.

Le suivi des décès dus à la chaleur en Suisse indique que la population s’est déjà partiellement adaptée à des températures plus élevées entre 1980 et 2023. Malgré la hausse des températures estivales moyennes et le vieillissement de la population, le nombre de décès dus à la chaleur pour 100 000 habitants a tendance à diminuer (voir fig. 9), même si la chaleur reste le danger naturel qui cause le plus de décès en Suisse.120 L’adaptation à la hausse des températures concerne toutefois principalement les jours où les températures sont modérément élevées, pendant lesquels la mortalité n’a finalement plus augmenté avec la hausse des températures. En revanche, on observe toujours une augmentation de la mortalité les jours où les moyennes de températures sont élevées ou très élevées.120

Afin de faire face aux risques croissants d’inondations et aux dangers naturels gravitaires tels que les coulées de boue et les chutes de pierres, des systèmes d’alerte précoce ont été mis au point pour alerter à la fois la population et les responsables des infrastructures. Ces systèmes sont désormais étendus à d’autres dangers, notamment les phénomènes météorologiques extrêmes, les sécheresses et les pénuries d’eau (pour plus d’informations, voir drought.ch).122 Outre les mesures de protection techniques, la Suisse mise depuis longtemps sur des solutions fondées sur la nature, p. ex., des forêts de protection sur les pentes raides afin de réduire les risques de chutes de pierres.123

En réponse aux changements dans la disponibilité de l’eau, l’utilisation de systèmes d’irrigation a été développée et des variétés de plantes résistantes au changement climatique ont été introduites.124 Ces mesures visent à maintenir la sécurité alimentaire et énergétique tout en minimisant l’impact environnemental d’une utilisation plus intensive de l’eau.

Outre ces adaptations sectorielles, les premières initiatives d’adaptation intersectorielles voient également le jour.125, 126 Les projets de renaturation des cours d’eau127 offrent p. ex. des avantages transsectorielles en matière de protection contre les inondations, de biodiversité et de loisirs, et démontrent le potentiel des approches multifonctionnelles et systémiques.

Évolution des décès dus à la chaleur en Suisse

Figure 9 : Évolution des décès dus à la chaleur pour 100 000 habitants entre 1980 et 2023. Le recul observé ces dernières années peut être attribué, au moins en partie, aux nouvelles mesures d’adaptation mises en place.121

Si le budget carbone mondial résiduel peut être calculé sur la base de connaissances des sciences naturelles, sa répartition entre les différentes régions ou pays repose sur des critères à définir sur le plan social et politique. On pourrait ainsi calculer la part de la Suisse uniquement en pourcentage de la population, mais on pourrait également se baser sur les émissions historiques ou celles induites par la consommation (c’est-à-dire celles générées par l’utilisation finale de biens et de services dans un pays) ou encore sur la capacité financière.129, 130

En Suisse, comme dans pratiquement tous les autres pays, de tels critères normatifs n’ont pas encore été définis. L’Accord de Paris ne le prescrit pas non plus et ne propose aucune méthode reconnue pour répartir équitablement le budget carbone entre les États signataires. En fonction de l’hypothèse retenue, il apparaît que la Suisse a déjà épuisé son budget carbone résiduel pour la limite de 1,5 °C, ou que les objectifs de réduction des émissions fixés par la législation sur le climat en vigueur dépassent le budget carbone résiduel de la Suisse ou le respectent de justesse.

Les changements climatiques observés jusqu’à présent en Suisse se poursuivront à l’avenir. Leur intensité et leur fréquence continueront également de s’accentuer.9

Jusqu’à présent, la Suisse s’est réchauffée beaucoup plus que la moyenne mondiale. À l’avenir, ce réchauffement supérieur à la moyenne devrait légèrement s’atténuer : la Suisse continuera certes à se réchauffer plus fortement que la moyenne mondiale, mais plus dans une proportion deux fois plus élevée qu’auparavant. Avec un réchauffement climatique de 1,5 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, les températures moyennes annuelles en Suisse augmenteront de 2,9 °C. Pour un réchauffement climatique de 2 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, on prévoit un réchauffement annuel moyen de 3,6 °C en Suisse, et pour un réchauffement climatique de 3 °C, un réchauffement de 4,9 °C.9 (Ch. 3)

Les différences régionales de réchauffement en Suisse continueront de s’accentuer selon les scénarios. Avec un réchauffement climatique de 3 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, le Plateau et le Jura se réchaufferont d’environ 5,1 °C en été (juin à août) et les régions de haute montagne de 6 °C.M Ces différences de réchauffement selon les régions sont particulièrement marquées en été, mais plutôt faibles en moyenne annuelle par rapport au réchauffement climatique.9 (Ch. 3)

A) La Suisse dans son ensemble

La hausse progressive de la température mondiale comporte les principaux risques suivants pour la Suisse :9, 74

  • Chaleur accrue : des températures maximales quotidiennes extrêmes, qui se produisaient autrefois une fois tous les 50 ans, se produisent environ 2,6 fois plus souvent avec un réchauffement climatique de 1,5 °C et environ 16,7 fois plus souvent avec un réchauffement de 3 °C.9 Les épisodes de forte chaleur touchent en particulier les régions de basse altitude, notamment les villes et les agglomérations, où vivent actuellement les trois quarts de la population suisse. Mais les régions des Alpes et des Préalpes, où aucune nuit tropicale ni journée caniculaire n’avait été observée jusqu’à présent, seront également touchées par la chaleur à l’avenir. Cela aura un impact significatif sur la santé humaine et, par conséquent, sur le secteur économique en raison d’une baisse de productivité.74
  • Étés plus secs : contrairement aux analyses précédentes, les mesures effectuées dans toute la Suisse montrent une nette diminution de l’humidité des sols.9 L’évaporation et donc l’assèchement vont continuer à augmenter. De plus, la plupart des projections climatiques indiquent une diminution à long terme des précipitations estivales. La combinaison de ces deux facteurs rendra les sécheresses plus intenses et plus fréquentes. Un temps sec et venteux favorise également la propagation des incendies de forêt.74 (Ch. 2.2.2)
  • Précipitations plus fréquentes et plus intenses : les épisodes de fortes précipitations continueront d’augmenter en toutes saisons. L’air plus chaud peut absorber plus d’humidité, ce qui entraîne des précipitations plus importantes lors d’événements extrêmes.9 Les observations, les modèles et la compréhension des processus indiquent une augmentation de l’humidité de l’air d’environ 6 à 7 % par degré de réchauffement régional.74 (Ch. 2.3) Une intensification des fortes précipitations est particulièrement attendue lors d’épisodes pluvieux de courte durée (quelques heures), comme p. ex. les orages.9, 74 (Ch. 2.3.2)
  • Moins de neige et élévation de la limite du zéro degré : la limite du zéro degré continuera à s’élever. Les précipitations se présenteront donc davantage sous forme de pluie que de neige. La couverture neigeuse diminuera en raison des températures plus douces, en particulier au printemps. La durée de la saison neigeuse sera ainsi considérablement raccourcie, surtout à basse et moyenne altitude. Les zones de haute montagne seront nettement moins touchées.9
  • Augmentation du potentiel de risques naturels : le potentiel de risques naturels continuera d’augmenter, p. ex. en raison du dégel du pergélisol et de la fonte des glaciers dans les zones de haute montagne, qui rendront instables les éboulis, les rochers et la glace. L’économie est particulièrement touchée par les dommages matériels qui en résultent et les pertes dans le tourisme.74 (Ch. 2.3)
  • Modification des habitats et de la composition des espèces : ces changements ont notamment des répercussions sur l’agriculture (pertes de récoltes, ravageurs ou maladies), la biodiversité, l’alimentation et la santé humaine.74 (Ch. 2.5)
  • Chaînes d’approvisionnement mondiales instables : la forte dépendance vis-à-vis des importations étrangères rend la Suisse très vulnérable aux crises internationales. Si les chaînes d’approvisionnement internationales sont interrompues, la satisfaction des besoins en Suisse est menacée, p. ex. en cas de sécheresse entraînant des pertes de récoltes dans plusieurs régions ou en cas de crise sanitaire.74 (Ch. 3.1), 138

Les futures émissions mondiales de gaz à effet de serre détermineront la vitesse et l’ampleur du réchauffement, ses conséquences et la réalisation des objectifs climatiques. Tout réchauffement supplémentaire aura des conséquences climatiques perceptibles pour la Suisse. Une réduction significative des émissions mondiales permettrait d’éviter une partie importante du changement climatique, en particulier le réchauffement dans les Alpes.9

Augmentation des risques en cas de réchauffement climatique en Europe

Figure 11 : Augmentation des risques en cas de réchauffement climatique, par catégorie, en Europe centrale (les risques en Suisse sont similaires).108 (Fig. 13.28), 139

A) La Suisse dans son ensemble

Atténuation

Les objectifs de réduction des émissions, fixés dans la loi sur le CO2, ainsi que l’objectif de zéro émission net d’ici 2050 et les objectifs intermédiaires de réduction des émissions, fixés dans la loi suisse sur le climat et l’innovation (LCI), prévoient une réduction d’au moins 50 % d’ici 2030, d’au moins 64 % en  moyenne pour les années 2031–2040, d’au moins 75 % d’ici 2040 et d’au moins 89 % en moyenne pour 2041–2050 par rapport à 1990.97, 256 Les objectifs inscrits dans les lois de la Suisse s’inscrivent dans un cadre prévu par les objectifs de l’Accord de Paris. Toutefois, les mesures adoptées jusqu’à présent sont probablement insuffisantes pour atteindre ces objectifs.408 En outre, il manque à la fois des objectifs et des mesures pour réduire les émissions induites par les importations et les émissions liées aux flux financiers suisses. Une partie de la réalisation des objectifs prévus repose par ailleurs sur l’achat de crédits d’émission étrangers. À court terme, cette approche est certes moins coûteuse pour atteindre les objectifs climatiques que la seule mise en œuvre de mesures dans le pays.258 À moyen et long terme, et dans la perspective de l’objectif de zéro émission net, l’achat de certificats de réduction internationaux n’a toutefois qu’une utilité limitée. En effet, les émissions excédentaires par rapport aux objectifs de réduction qui sont « compensées » par l’achat de certificats étrangers persistent. Pour atteindre l’objectif de zéro émission net, ces émissions résiduelles devraient alors être réduites très rapidement au niveau national.86 En outre, l’effet des certificats d’émission sur les réductions réelles des émissions est remis en question.259 Dans quelle mesure la trajectoire de réduction de la Suisse est conforme au principe de « responsabilité commune mais différenciée »,257 lequel tient compte des différentes conditions (p. ex. capacité financière ou responsabilité historique) des divers États, dépend des critères de justice et d’équité et des critères de répartition retenus et fait l’objet de discussions scientifiques, sociales et politiques.

Environ un quart des émissions annuelles de la Suisse, soit environ 12 à 14 millions de tonnes de CO2, ne peuvent pas être complètement évitées.93 Elles proviennent de la production de ciment, du traitement des déchets, de l’agriculture et de l’aviation. Pour les réduire ou les compenser, il est nécessaire de procéder à l’extraction et au stockage du CO2. D’ici 2050, environ 7 millions de tonnes de CO2 par an devraient être captées à des sources ponctuelles. La mise en place d’une telle infrastructure pour la capture, le transport et le stockage du CO2 devrait coûter environ 16 milliards de francs selon les estimations.260 Les 5 à 7 millions de tonnes de CO2 restantes, difficiles à éviter, devraient être compensées par des technologies à émissions négatives à l’étranger.261

La loi sur le climat et l’innovation prévoit que toutes les entreprises devront atteindre zéro emissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050.262 Pour ce faire, elles peuvent élaborer des feuilles de route pour la réduction de leurs émissions. Ces plans doivent identifier à un stade précoce les obstacles à la neutralité carbone et servir de base à des mesures coordonnées pour les surmonter. Ils ne sont toutefois obligatoires que pour les entreprises qui demandent une aide financière.

Comme au niveau mondial, la Suisse a également besoin d’une combinaison de mesures de réduction orientéés vers l’efficacité et la sobriété pour atteindre la neutralité climatique. Les deux mesures orientées vers la sobriété qui présentent le plus grand potentiel sont un changement des habitudes alimentaires et une réduction du trafic aérien.255

Adaptation

Il est important de coordonner l’action publique du niveau local au niveau mondial, en impliquant la société civile et le secteur privé. Le « Réseau pour l’adaptation aux changements climatiques » récemment mis en place est un exemple de cette gouvernance à plusieurs niveaux et intersectorielle.263 La stratégie du Conseil fédéral pour l’adaptation aux changements climatiques en Suisse, publiée en 2012, intègre des objectifs d’adaptation dans les politiques sectorielles.264, 265

Le plan d’action 2020–2025 qui l’accompagne comprend 75 mesures, dont 63 spécifiques à des secteurs tels que la gestion de l’eau, l’agriculture et la santé, et 12 intersectorielles visant à améliorer les connaissances, la coordination et la mise en œuvre de la stratégie.264 Le système fédéral suisse permet une approche décentralisée qui permet aux autorités locales d’adapter les mesures d’adaptation à leur situation spécifique tout en les harmonisant avec les objectifs nationaux.266, 267 Dans ce contexte, « Adapt+ », un programme de financement fédéral qui soutient les mesures d’adaptation au changement climatique jusqu’à hauteur de 50 % des coûts du projet, a également été lancé début 2025.268

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fait état de contraintes et de limites au niveau actuel d’adaptation en Suisse.269 P. ex., bien que l’irrigation constitue une stratégie d’adaptation viable pour l’agriculture, son efficacité est de plus en plus limitée par la diversité des utilisations et des besoins en eau.108, 270

Moins les efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre sont efficaces, plus il faut investir dans l’adaptation et plus les limites de l’adaptation sont rapidement atteintes en raison de l’accumulation de restrictions de différentes natures,111 y compris en Suisse. Cela signifie que les mesures et stratégies d’adaptation existantes pourraient ne pas suffire à réduire les impacts et les risques futurs à un niveau acceptable. En Suisse, il y aura probablement de plus en plus de situations dans lesquelles il faudra évaluer le rapport coût-bénéfice des mesures d’adaptation, p. ex. lorsque la protection contre les dangers naturels tels que les inondations ou les coulées de boue deviendra trop coûteuse à certains endroits en raison de l’augmentation de leur intensité et/ou de leur fréquence.271

Coup de projecteur sur le climat suisse

Ce site Web utilise des cookies afin d'offrir les meilleures fonctionnalités possibles. Vous trouverez de plus amples informations à ce sujet dans notre déclaration de confidentialité. En cliquant sur le bouton, vous acceptez cette déclaration et l'utilisation de cookies.
OK Protection des données