Situation actuelle et évolutions

Chapitre 1 / Ce chapitre met en lumière l’ampleur actuellement observée et les conséquences actuelles du changement climatique, ainsi que les mesures d’atténuation et d’adaptation existantes – au niveau mondial, en Europe et en Suisse. Aperçu de l’évolution, des conséquences et des possibilités d’action

1.1 Réchauffement observé et ses causes

La température moyenne observée à la surface de la Terre entre 2015 et 2024 était supérieure d’environ 1,2 °C à celle de la période de référence préindustrielle à l’échelle mondiale, d’environ 2,2 °C en Europe et d’environ 2,8 °C en Suisse. Cette augmentation de la température est principalement due à la concentration accrue de gaz à effet de serre, qui résulte avant tout de l’utilisation humaine des énergies fossiles. La Suisse se réchauffe environ 2,2 fois plus vite que la moyenne mondiale.

1.1.1 Au niveau mondial

Le réchauffement du système climatique est indéniable.1 (Ch. A.1) La température moyenne observée à la surface du globeA entre 2015 et 2024 était supérieure de 1,24 °C [1,11–1,35 °C]B à celle de la période de référence préindustrielle (1850–1900).C L’influence humaine sur le système climatique est claire : les activités humaines ont provoqué un réchauffement de 1,22 °C [1,0–1,5 °C] au cours de cette période. L’augmentation de la température a été nettement plus forte au-dessus des surfaces terrestres (+1,79 °C [1,56–2,03 °C]) qu’au-dessus des océans (+1,02 °C [0,81–1,13 °C]).3

Les principaux responsables de l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre sont : l’utilisation de combustibles fossiles (environ 90 % des émissions de CO2 et environ 35 % des émissions de méthane) ; l’utilisation des terres (environ 40 % des émissions de méthane et 70 % des émissions de protoxyde d’azote) et les changements d’affectation des terres, tels que le déboisement pour l’agriculture ; et les modes de consommation et de production liés au mode de vie.4

Augmentation globale de la température

Figure 1 : Augmentation globale de la température depuis la période préindustrielle(1850–1900).3 (Fig. 7)

Augmentation de la température au niveau mondial, pour l'Europe et pour la Suisse.

Figure 2 : Augmentation de la température à la surface de la Terre: moyenne décennale 2015–2024 par rapport à la période de référence préindustrielleB au niveau mondial,3, 6 pour l’Europe6 et pour la Suisse.10

1.1.2 Europe

La comparaison avec la période de référence préindustrielle (1850–1900) montre que la température moyenne à la surface de la Terre en Europe entre 2015 et 2024 était supérieure d’environ 2,19 à 2,26 °C à celle de l’époque préindustrielle.6 La majeure partie de ce réchauffement (1,7 °C) s’est produite depuis les années 1980.D Au cours de cette période, l’Europe s’est réchauffée deux fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui en fait le continent qui se réchauffe le plus rapidement sur Terre.8 Les recherches actuelles montrent que l’Europe centrale s’est réchauffée plus fortement que ne le projetaient les modèles climatiques régionaux.9

1.1.3 Suisse

En 2024, la température à la surface de la TerreA dans la région alpine et en Suisse était déjà supérieure de 2,9 °CE à la moyenne de 1871–1900. Depuis plusieurs décennies, la région alpine s’est réchauffée environ 2,2 fois plus que la moyenne mondiale.2, 11

Les causes de ce réchauffement plus important que la moyenne mondiale sont principalement la situation géographique de la Suisse à la surface terrestre (qui se réchauffe plus que les océans) et la diminution de la couverture neigeuse et glaciaire.10 D’autres causes possibles sont les changements aléatoires ou systématiques des courants atmosphériques et la diminution de la concentration des particules dans l’air (aérosols).10

En 2023, les émissions de gaz à effet de serre en Suisse (hors trafic aérien international) étaient composées à 78,5 % de CO2, provenant principalement de la combustion de combustibles et de carburants fossiles. Le reste était principalement constitué de méthane et de protoxyde d’azote provenant de l’agriculture et de la gestion des déchets (décharges et traitement des eaux usées). En 2023, les secteurs qui contribuaient le plus aux émissions nationales de gaz à effet de serre en Suisse étaient les transports avec 33,6 %, suivis de l’industrie et du secteur du bâtiment (ménages et services) avec 22,2 % chacun.12 Le trafic aérien international est présenté séparément dans l’inventaire suisse des gaz à effet de serre et représentait 11 % des émissions totales en 2019, année précédant la COVID. L’impact climatique du trafic aérien, dû aux émissions de substances à courte durée de vie et à leurs effets (p. ex. les traînées de condensation), est actuellement environ 2,0 à 2,7 fois plus élevé que celui calculé sur la base des seules émissions de CO2. Le trafic aérien est donc responsable d’environ un quart de l’impact climatique de la Suisse (hors émissions induites par les importations, voir encadré 1).13

Encadré 1: Calcul de l’inventaire des gaz à effet de serre: émissions induites par la production vs. émissions induites par la consommation

Les règles selon lesquelles les États signataires de l’Accord de Paris doivent établir un inventaire des gaz à effet de serre sont définies dans le cadre dit « Enhanced Transparency Framework » (ETF)14, qui a été adopté en 2018 lors de la COP24 à Katowice. Il s’appuie sur les lignes directrices du GIEC et suit des normes internationales. L’inventaire doit être exprimé en équivalents CO2 et couvrir les sources d’émissions et les puits de gaz à effet de serre dans tous les secteurs concernés. Cela comprend l’énergie, les processus industriels et les émissions induites par les produits, l’agriculture, ainsi que l’utilisation des terres, le changement d’affectation des terres et la foresterie (LULUCF) de plus que les déchets. Toutefois, seules les émissions induites par la production d’un pays sont prises en compte. Cela signifie que seules les émissions de gaz à effet de serre générées à l’intérieur des frontières nationales sont enregistrées, que les biens soient ensuite exportés ou consommés dans le pays. Cette approche est appelée principe de territorialité.

L’empreinte carbone est une autre façon de quantifier les émissions d’un pays. Elle comprend les émissions induites par la consommation (c’est-à-dire celles générées par la consommation finale de biens et de services dans un pays). Elle tient donc également compte des émissions induites par les importations, qui sont générées, p. ex., tout au long de la chaîne d’approvisionnement à l’étranger. Les émissions induites par les exportations, qui sont générées par la production nationale de biens et de services destinés à l’exportation, en sont déduites. Le calcul d’un inventaire des gaz à effet de serre basé sur la consommation n’est pas obligatoire dans le cadre de l’Accord de Paris. Cela est important pour la Suisse, car les émissions induites par la consommation sont environ 2,6 à 3,1 fois plus élevées que les émissions induites par la production seule en raison de l’intensité des importations du pays.15 

Les émissions dites « grises » sont un autre paramètre régulièrement mentionné dans le contexte des émissions et des inventaires des gaz à effet de serre. Elles désignent toutes les émissions en amont d’un produit ou d’un service en Suisse et à l’étranger, telles que leur transport. À titre de distinction: les « scopes » (1, 2, 3) fréquemment utilisés ne proviennent pas des règles de la CCNUCC, mais du Greenhouse Gas Protocol et décrivent la classification des émissions du point de vue des entreprises (voir également le glossaire).

Inventaire des gaz à effet de serre en Suisse.

Figure 3 : Répartition des émissions de gaz à effet de serre induites par la production en Suisse par secteur (en %). Le trafic aérien et maritime international n’est pas pris en compte.12

1.2 Conséquences observées de l’augmentation de la température

Entre 1901 et 2024, le changement climatique induit par l’activité humaine a entraîné une élévation du niveau de la mer de 0,23 m et de profonds changements dans la cryosphère, notamment la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. Les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes tels que les fortes précipitations, les vagues de chaleur et la sécheresse ont fortement augmenté. La Suisse et l’Europe occidentale font partie des 5 % des régions du monde qui ont enregistré la plus forte augmentation de chaleur extrême depuis 1951.

1.2.1 Au niveau mondial

De nombreux indicateurs du système climatique mondial ont évolué rapidement dans de nombreuses régions du globe. Entre 1901 et 2024, le niveau mondial des mers a notamment augmenté de 0,23 m16 et les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique ont perdu beaucoup de leur masse depuis les années 1990 au plus tard. L’élévation du niveau de la mer, les changements dans la cryosphère ainsi que les modifications dans de nombreux écosystèmes et l’extinction d’espèces qui en résulte seront irréversibles pendant des siècles, voire des millénaires.17

Les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes ont déjà augmenté dans de nombreuses régions du monde, avec des conséquences parfois catastrophiques pour l’être humain et son environnement naturel. Il existe des preuves scientifiques irréfutables que les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations et les sécheresses se sont intensifiés et que le changement climatique a eu une influence déterminante sur ces changements, voire en est responsable.18

Le changement climatique entraîne également de plus en plus de mouvements de population. Ceux-ci ont principalement lieu à l’intérieur des frontières nationales.19 Ces dernières années, on a dénombré 20 millions de déplacés liés au climat par an.20 Les principales causes sont les inondations et les intempéries.

1.2.2 Europe

L’Europe centrale occidentale est l’une des régions du monde qui connaît les changements les plus nombreux et/ou les plus importants en termes d’événements extrêmes et de facteurs d’influence : 21 (Fig. SPM. 3)

  • La Suisse et l’Europe occidentale font partie des 5 % des régions terrestres du monde qui ont enregistré la plus forte augmentation de chaleur extrême depuis 1951.5, 9, 18 Les jours et les nuits les plus chauds de l’année se sont réchauffés d’environ 3,5 et 4,5 °C respectivement depuis 1901.9 L’augmentation est environ 1,5 fois plus forte en Europe que la moyenne mondiale17 et plus forte que ce que laissaient prévoir les simulations.
  • La fréquence des sécheresses extrêmes du sol a été multipliée par 1,2 en Europe entre 1991 et 2021, et celle des sécheresses extrêmes de l’air a même été multipliée par 1,6. La fréquence de la cooccurrence des deux types de sécheresse a même été multipliée par 1,7 au cours de la même période.22
  • Les précipitations extrêmes sont environ 1,5 à 2 fois plus fréquentes en Europe que la moyenne mondiale.23, 24

1.2.3 Suisse

A) La Suisse dans son ensemblen

Les fortes précipitations quotidiennes sont aujourd’hui 26 % plus fréquentes et 12 % plus intenses en Suisse qu’au début du XXe siècle. Les fortes précipitations estivales de courte durée, en particulier, sont devenues plus intenses.25 La fréquence de la grêle en Suisse a augmenté de 50 % à 100 % depuis 1959.9 Depuis 1961, la limite du zéro degré a augmenté de 300 à 400 m.10 Le nombre de jours avec un manteau neigeux à basse et moyenne altitude (en dessous de 2000 m) a considérablement diminué, d’environ 4 à 5 jours par décennie.26

Les périodes de grande chaleur sont également devenues plus fréquentes et plus intenses en Suisse, tandis que les vagues de froid ont tendance à diminuer, avec jusqu’à 60 % de jours de gel en moins.10 Ces conclusions sur les conséquences du changement climatique observées jusqu’à présent sont résumées dans la figure 4.

Concéquences observés du changement climatique pour la Suisse

Figure 4 : Changements importants du climat et de l’environnement en Suisse, basés sur des données d’observation.74

B) Eau

La saisonnalité des débits a fortement changé, en particulier dans les bassins versants influencés par la neige et les glaciers, les précipitations totales et les débits ayant augmenté en hiver et diminué en été et en automne.27

Outre la saisonnalité des débits, les événements hydrologiques extrêmes ont également changé : la sécheresse et les températures élevées de l’eau sont devenues plus fréquentes et plus intenses.28 Les changements dans les événements de crue sont moins clairement perceptibles, car les crues varient naturellement fortement d’une année à l’autre et il y a l’effet des mesures de protection supplémentaires.29

C) Biodiversité

La tendance des espèces à se répartir à des altitudes plus élevées en raison du changement climatique s’est poursuivie et s’est encore accentuée parallèlement au réchauffement des dernières décennies.30, 31 Cette tendance est particulièrement marquée au niveau des sommets, dans les forêts de montagne et à la limite forestière.32, 33, 34 Il en résulte une augmentation des espèces qui préfèrent des conditions plus chaudes, ainsi qu’une période de végétation plus longue due à un démarrage plus précoce de la croissance des plantes.35 Les Alpes sont devenues plus vertes.36

Il existe toutefois de grandes différences dans la vitesse à laquelle les espèces migrent vers les hauteurs.31, 37 La plupart des espèces migrent trop lentement pour conserver leurs conditions climatiques habituelles. Seules les espèces mobiles telles que les reptiles, les oiseaux et les insectes terrestres peuvent plus ou moins suivre le rythme du changement de température.31, 38

Le changement climatique a ainsi entraîné la perte d’habitats d’espèces adaptées au froid. On observe donc une augmentation à long terme du risque d’extinction, en particulier pour les espèces dont les possibilités de propagation sont limitées ou pour celles qui souffrent d’une concurrence croissante (p. ex. le Lagopède alpinF).39, 40, 41 Dans les Alpes, les changements dans l’utilisation des terres agricoles accentuent encore la pression sur la biodiversité montagnarde, p. ex. l’abandon des terres jusqu’alors exploitées en altitude, l’intensification de l’agriculture en plaine et l’avancée de la forêt de montagne.32, 42

D) Forêt

La succession d’années de chaleur et de sécheresse extrêmes en 2015, 2018, 2019, 2022 et 2023 a causé des dégâts à grande échelle dans les forêts.43, 44 Dans de nombreuses régions de Suisse, ce ne sont pas seulement les essences sensibles comme l’épicéa et, de plus en plus souvent, le hêtre45 qui ont été touchées, mais aussi de nombreuses autres essences comme le sapin blanc.46

Affaiblies par la chaleur et la sécheresse, les forêts sont devenues plus vulnérables non seulement aux perturbations telles que les incendies et les tempêtes, mais aussi aux maladies et aux ravageurs, qui se développent plus facilement lorsque les températures sont élevées.46 Cela a eu pour conséquence, p. ex., des dégâts causés par les scolytes dans les forêts d’épicéas d’Europe centrale à une échelle sans précédent47 ou la propagation d’espèces particulièrement problématiques telles que le capricorne asiatique.46 Ces conséquences compromettent la capacité des forêts à continuer à agir comme puits de carbone.48

E) Glace et neige

L’influence croissante du changement climatique sur la cryosphère dans les Alpes suisses est mise en évidence par les données mesurées.49, 50, 51, 52 La tendance générale s’est poursuivie et s’est même accélérée dans certains cas: la durée et l’épaisseur de la couverture neigeuse hivernale ont diminué,26, 53 les glaciers ont perdu de leur masse et ont continué à reculer, le pergélisol s’est réchauffé et la glace dans le sol a diminué.

En 2022 et 2023, de nouveaux records ont été enregistrés à plusieurs reprises pour la neige, les glaciers et le pergélisol par rapport aux séries de mesures à long terme : la couverture neigeuse n’a jamais été aussi faible que pendant l’hiver 2022/2023411. Les glaciers ont connu les taux de fonte les plus élevés et les deuxièmes plus élevés en 2022 et 2023. Après les étés caniculaires de 2022 et 2024, des valeurs record ont été mesurées pour la température du sol et l’épaisseur de la couche de dégel estivale dans le pergélisol.49, 50, 51, 52, 54 Entre les périodes 1961–1990 et 1991–2020, le nombre de jours de neige a diminué d’environ 7 à 12 jours selon les régions.9 Cela correspond à une baisse de 30 à 40 % dans le Plateau suisse.9

La dégradation du pergélisol contribue à réduire la stabilité des versants montagneux raides et entraîne une augmentation de la quantité de matériaux en vrac mobilisables. Dans le cas de certains glissements de terrain (p. ex. à Moosfluh, près du grand glacier d’Aletsch, en 2016), de coulées de boue ou d’éboulements provenant du pergélisol, on soupçonne un lien avec le réchauffement et la perte de glace (p. ex. au Pizzo Cengalo en 2017409, au Piz Scerscen en 2024410).

F) Agriculture et système alimentaire

La hausse des températures a entraîné un allongement de la période de végétation de 2 à 4 semaines depuis 196110 et une extension des surfaces potentiellement propices à l’agriculture.56

En raison de la tendance persistante à des semestres estivaux plus secs, les zones d’estivage dans les Alpes et le Jura ont souffert de plus en plus de pénuries d’eau.57

Outre la sécheresse, les fortes pluies, la grêle et les gelées tardives ont également nui à la production agricole ces dernières années et ont causé dans certains cas des dommages économiques considérables.58 Les conséquences de la hausse des températures sur le développement saisonnier des plantes et l’apparition du gel ont déjà augmenté le risque de dommages causés par le gel aux arbres fruitiers dans les régions de haute altitude de la Suisse, mais sont restées inchangées dans les régions de basse altitude.

La fréquence croissante des périodes de chaleur a également accru le stress thermique pour les animaux d’élevage, avec des conséquences sur leur bien-être et leur productivité.60

G) Santé

La hausse des températures et la fréquence accrue des vagues de chaleur ont entraîné une augmentation de la mortalité et des charges liées à des maladies imputables à la chaleur, ainsi qu’une baisse de la productivité au travail. Plusieurs centaines de décès ont été attribués à la chaleur estivale ces dernières années.61, 62, 63 60 % de ces décès dus à la chaleur ne se seraient pas produits sans le changement climatique.63

Le risque d’effets sur la santé liés à la chaleur augmente surtout dans les villes et pour les groupes particulièrement vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies chroniques (cardiovasculaires, respiratoires, rénales, psychologiques, etc.), les femmes enceintes et les (jeunes) enfants, ainsi que les personnes qui travaillent à l’extérieur.61, 64, 65

La transmissibilité de diverses maladies infectieuses a changé (p. ex. par les tiques ou les moustiques). En outre, le moustique tigre s’est déjà propagé dans certaines régions de Suisse, ce qui a augmenté le risque de transmission de diverses maladies infectieuses.G, 66,67

Les concentrations accrues de polluants atmosphériques nocifs ainsi que la saison pollinique plus longue, plus intense et plus précoce ont également un impact sur la santé, car elles augmentent et prolongent l’exposition des personnes sensibles.68, 69

H) Espace urbain et infrastructures

Les régions urbaines, et en particulier les villes, sont davantage touchées par les vagues de chaleur fréquentes en raison de « l’effet d’îlot de chaleur ».70 La densité des constructions et la faible végétation font que les villes se réchauffent davantage que les zones rurales et se refroidissent nettement moins bien la nuit.70

En raison des hivers plus doux, les besoins en chauffage ont diminué, ce qui contribue déjà à une réduction des émissions de CO2, car on utilise moins de combustibles fossiles pour se chauffer. En revanche, les besoins en électricité pour le refroidissement n’ont cessé d’augmenter.71, 72

En raison de la forte imperméabilisation des sols dans les villes, les eaux de pluie ne peuvent parfois plus s’infiltrer suffisamment lors des épisodes de fortes pluies, déjà plus fréquents aujourd’hui.73 Cela augmente le risque d’inondations et sollicite davantage les réseaux d’égouts et les stations d’épuration.73

Les infrastructures sont directement touchées par les dommages causés par la multiplication des événements extrêmes. Les voies de circulation, mais aussi les réseaux électriques, ont été particulièrement affectés par des événements extrêmes (p. ex., dans les vallées de Mattertal 2024 et Misox 2024).74

I) Économie et société

La hausse des températures a entraîné une baisse de la productivité du travail, qui coûte déjà aujourd’hui à la Suisse environ 665 millions de francs par an.H, 75

Le tourisme dans les régions montagneuses est affecté par le changement climatique en raison de la diminution de l’enneigement en hiver, de l’augmentation des risques naturels et de la forte augmentation des besoins en eau pour la production de neige artificielle.26, 53, 76, 77, 78 L’augmentation des besoins en eau entre en conflit avec l’approvisionnement en eau potable53 et la diminution de l’enneigement oblige déjà aujourd’hui les stations de ski situées à basse altitude à restructurer leur offre.76

Au cours des dernières décennies, la Suisse a connu, pour diverses raisons, une augmentation des sinistres et des coûts liés aux phénomènes météorologiques extrêmes.79, 80, 81 Ces coûts élevés s’expliquent principalement par des facteurs socio-économiques tels que l’augmentation des valeurs assurées et leur vulnérabilité, p. ex. en raison de constructions dans des zones à risque.79

Les dommages climatiques causés aux sites de production à l’étranger et les baisses de production ou les interruptions des chaînes d’approvisionnement qui en découlent ont également une incidence sur l’économie suisse.74

1.3 Progrès réalisés jusqu’à présent en matière d’atténuation

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentent chaque année, mais leur croissance a ralenti au cours des 25 dernières années. Pour ne pas dépasser un réchauffement climatique de 1,5 °C, les émissions mondiales nettes de CO2 d’origine humaine devraient diminuer d’environ 45 % d’ici 2030 par rapport à 2010 et atteindre le point zéro net CO2 vers 2050. Dans la plupart des pays européens, les émissions par habitant induites par la production ont certes diminué au cours de la dernière décennie, mais le taux de réduction reste bien inférieur au niveau qui serait compatible avec la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris.

1.3.1 Au niveau mondial

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont été estimées à environ 58 ± 5 Gt CO2 eq pour l’année 2024. Cela correspond à une augmentation de 13 % par rapport à 2010 et de 53 % par rapport à 1990.195 Les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentent chaque année (à l’exception de l’année 2020 pendant la pandémie de COVID-19) et aucun renversement de tendance n’est en vue.84 La plus grande partie et la plus forte croissance des émissions brutes de gaz à effet de serre proviennent du CO2 issu de la combustion de combustibles fossiles et des processus industriels, suivis par le méthane. Le taux de croissance des émissions de gaz à effet de serre est passé de 2,1 % par an entre 2000 et 2009 à 1,3 % par an entre 2010 et 2019.83 Les estimations préliminaires basées sur les données disponibles indiquent que les émissions de CO2 fossile auront encore augmenté de 1,1 % en 2025 par rapport à 2024.84

L’Accord de Paris a été signé en 2015 par 197 États et l’Union européenne, soit un total de 198 parties contractantes.85 L’accord a pour objectif de limiter le réchauffement climatique à nettement moins de 2 °C, si possible à 1,5 °C, par rapport à la période de référence préindustrielle. Selon les modèles de calcul, pour ne pas dépasser un réchauffement climatique de 1,5 °C, les émissions mondiales nettes de CO2 d’origine humaine devraient diminuer d’environ 45 % d’ici 2030 par rapport à 2010 et atteindre le point zéro net CO2 vers 2050. Pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, les émissions nettes de CO2 devraient, selon les modèles, diminuer d’environ 25 % d’ici 2030 par rapport à 2010 et être égales à zéro d’ici 2070.86

1.3.2 Europe

Dans la plupart des pays européens, les émissions par habitant induites par la production ont diminué au cours de la dernière décennie.87 Dans certains pays (dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne), les émissions induites par la consommation ont également diminué.84, 88

Cette baisse des émissions s’est accompagnée d’une croissance économique soutenue.89 Cela semble indiquer un découplage entre les émissions et la croissance économique. À l’exception du Danemark et du Royaume-Uni, où les émissions ont diminué de près de 50 % depuis leur pic, le taux de réduction reste toutefois bien inférieur au niveau qui serait compatible avec une limitation du réchauffement climatique moyen à 1,5 °C.84, 87, 90

Les mesures de politique climatique prises au niveau de l’Union européenne et au niveau national ont contribué à la baisse des émissions observée dans toute l’Europe. Ces mesures comprennent des normes d’émission pour les bâtiments et les véhicules, des normes d’efficacité énergétique pour les appareils électroménagers et autres machines, des mesures de promotion des technologies à faible émission de carbone telles que la production d’énergie renouvelable et les véhicules électriques, ainsi que des mécanismes de tarification du carbone, tels que la taxe carbone au niveau national ou le système d’échange de quotas d’émission de l’UE.87, 91, 92

1.3.3 Suisse

Les émissions de gaz à effet de serre induites par la production en Suisse ont diminué d’environ 26,1 % entre 1990 et 2023, tandis que les émissions induites par la production par habitant ont baissé de 44 %.100 La principale raison de cette réduction des émissions entre 1990 et 2023 a été une diminution de l’intensité énergétique (consommation d’énergie par PIB) d’environ moitié, suivie d’une diminution de l’intensité carbone (émissions de CO2 par consommation d’énergie) d’environ 20 %.88, 101, 102 Depuis 1990, l’évolution des émissions de CO2 induites par la production en Suisse suit globalement la même tendance qu’en Europe (voir fig. 5). En termes de réduction de son empreinte CO2 (hors autres gaz à effet de serre), la Suisse obtient toutefois des résultats moins bons que plusieurs de ses pays voisins ou pays ayant un niveau de développement similaire (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Suède).103 Le découplage entre croissance économique et émissions, observable dans plusieurs pays de l’UE, ne s’applique donc pas dans la même mesure à la Suisse.87, 103

L’émissions de CO2 normalisées par habitant induites par la production à l'échelle mondiale, en Europe et en Suisse.

Figure 5a : Comparaison de l’évolution dans le temps des émissions de CO2 normalisées par habitant induites par la production à l’échelle mondiale, en Europe et en Suisse. Alors qu’une légère baisse est observée en Europe et en Suisse, les émissions mondiales augmentent ou stagnent.104 Malgré la baisse des émissions induites par la production, les émissions de CO2 par habitant induites par la consommation (totales) en Suisse restent 2,5 à 3 fois supérieures à la moyenne mondiale.105, 412

L’émissions de CO2 normalisées induites par la production à l'échelle mondiale, en Europe et en Suisse.

Figure 5b : Comparaison de l’évolution dans le temps des émissions de CO2 normalisées induites par la production à l’échelle mondiale, en Europe et en Suisse. Alors qu’une légère baisse est observée en Europe et en Suisse, les émissions mondiales augmentent ou stagnent.104

Les émissions de gaz à effet de serre induites par les importations de la Suisse sont aujourd’hui plus de deux fois supérieures à celles induites par la production, car la Suisse est un importateur net de marchandises (voir fig. 6). Les émissions induites par les importations sont restées à peu près constantes depuis 2000.

Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse par habitant

Figure 6a : Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse par habitant.15 Alors qu’on observe une légère baisse des émissions nationales (liées à la production), les émissions induites par les importations restent constantes à un niveau élevé.

Bilan des gaz à effet de serre des émissions liées aux importations et à la production en Suisse

Figure 6b : Empreinte gaz à effet de serre de la Suisse totale.15 Alors qu’on observe une légère baisse des émissions nationales (liées à la production), les émissions induites par les importations restent constantes à un niveau élevé.

Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS), les émissions de gaz à effet de serre induites par la consommation ont diminué d’environ 10 % au total et de 30 % par habitant depuis 2000.15 Les émissions induites par la consommation (totales) comprennent ici la somme des émissions induites par les importations et par la production, moins les émissions induites par les exportations. Les émissions induites par les importations étant restées constantes, la baisse est donc principalement imputable aux émissions induites par la production. L’évaluation de l’évolution des émissions induites par la consommation en Suisse dépend toutefois des données et des bases de calcul choisies. Contrairement aux résultats de l’OFS, d’autres sources indiquent parfois une faible croissance des émissions totales induites par la consommation (+1,3 % par an)105 ou une légère baisse seulement (– 0,35 % par an).15

Évolution des émissions de gaz à effet de serre induites par la production par secteur

Figure 7 : Évolution des émissions de gaz à effet de serre induites par la production par secteur (les émissions induites par les importations et celles induites par le trafic aérien et maritime ne sont pas prises en compte).12

Les secteurs de l’industrie et du bâtiment font partie des secteurs dans lesquels les émissions de gaz à effet de serre ont considérablement diminué, principalement grâce à des gains d’efficacité. Dans le secteur industriel, la fermeture d’entreprises à fortes émissions depuis 1990 a également entraîné une baisse des émissions (p. ex. dans la production d’aluminium, d’ammoniac et de ciment). Les émissions de l’agriculture, qui se composent principalement de méthane et de protoxyde d’azote, ont également diminué, mais dans une moindre mesure. Les émissions du secteur des transports ont continué d’augmenter jusqu’en 2008 environ en raison de l’augmentation du volume du trafic et du poids des véhicules, et n’étaient en 2023 que légèrement inférieures à leur niveau de 1990.12 Une autre raison possible de la baisse plus importante des émissions dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment par rapport au secteur des transports réside dans les différences de taxation : la taxe sur le CO2, en vigueur en Suisse depuis 2008, s’applique aux combustibles fossiles tels que le mazout et le gaz naturel, mais pas aux carburants tels que l’essence et le diesel. Les incitations à réduire les émissions sont donc moins fortes dans le secteur des transports que dans les secteurs de l’industrie et du bâtiment.106 Les émissions du trafic aérien international ont globalement augmenté au cours des 30 dernières années (avec des baisses temporaires, p. ex. pendant la COVID) et étaient en 2019 supérieures de plus de 85 % à celles de 1990.100 Un renversement de tendance n’est actuellement pas en vue.

Encadré 2: Politique climatique en Suisse

La voie vers l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 de la Suisse est présentée dans la stratégie climatique à long terme93 et est inscrite dans la loi sur le climat et l’innovation (LCl).94,95 La LCl constitue le cadre juridique de la politique climatique à moyen et long terme. Elle fixe des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par étapes jusqu’en 2050 ainsi que des valeurs indicatives pour les secteurs du bâtiment, des transports (à l’exception du transport aérien et maritime international) et de l’industrie. La Confédération et les cantons jouent un rôle de modèle pour atteindre d’ici à 2040 au minimum zéro émissions nettes de gaz à effet de serre (y compris le scope 3). Pour les entreprises, l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 s’applique (scope 1 et scope 2). Pour atteindre les réductions d’émissions, la LCl mise sur des incitations et des offres de conseil et renonce aux interdictions. Elle soutient en particulier le passage à des systèmes de chauffage respectueux du climat dans le cadre du programme d’impulsion pour des bâtiments respectueux du climat, ainsi que la promotion de technologies et de processus innovants dans les entreprises. L’ordonnance sur la protection du climat (OCI)96 précise les conditions-cadres de ces programmes ainsi que les instruments prévus par la loi (notamment les critères d’octroi d’aides financières, la création d’un réseau dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, les tests climatiques volontaires pour les établissements financiers). Les mesures concrètes visant à mettre en œuvre les objectifs de la LCl sont régies par la loi sur le CO2 et d’autres lois.

La loi sur le CO297 définit le cadre juridique de la politique climatique à court terme de la Suisse. La loi stipule que les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites d’au moins 50 % d’ici 2030 par rapport à 1990 et de 35 % en moyenne entre 2021 et 2030. Les deux tiers de ces réductions doivent être réalisés en Suisse. Pour le tiers restant, la Suisse mise sur des réductions d’émissions à l’étranger (voir encadré 5 et chapitre 3.2.2 A). La loi sur le CO2 régit en outre des mesures concrètes visant à réduire les gaz à effet de serre en Suisse, notamment la taxe sur le CO2, le programme Bâtiments et le système d’échange de quotas d’émission. Une révision de la loi sur le CO2 à partir de 2030 est en préparation. Le projet prévoit un système supplémentaire d’échange de quotas d’émission pour les secteurs du bâtiment et des transports. En outre, la Confédération souhaite accélérer le développement du captage et du stockage du CO2 grâce à une nouvelle loi-cadre.

Conformément à l’Accord de Paris98, la Suisse doit également présenter au niveau international tous les cinq ans de nouveaux objectifs de réduction des émissions (« contributions déterminées au niveau national », NDCs) qui sont plus ambitieux que les précédents. Ainsi, la stratégie climatique à long terme a été complétée en janvier 2025 par les dernières NDC suisses 2031–2035.99 Les objectifs prévoient une réduction des émissions d’au moins 65 % par rapport à 1990 et, en moyenne, les émissions doivent être réduites de 59 % entre 2031 et 2035. Le calcul des objectifs de réduction des émissions selon l’Accord de Paris se base sur les émissions induites par la production d’un État signataire. Dans le cas de la Suisse, cela signifie qu’environ deux tiers des émissions causées par la demande finale suisse ne sont pas prises en compte dans les objectifs nationaux. Pour formuler ses objectifs, la Suisse se base sur son inventaire actuel des gaz à effet de serre, mais ne fixe pas de budget carbone (voir encadré 1 et chapitre 2.1.1).

1.4 Progrès réalisés jusqu’à présent en matière d’adaptation

Malgré certains progrès, les mesures d’adaptation actuellement mises en œuvre à l’échelle mondiale ne parviennent pas à suivre le rythme du changement climatique. Les limites de la capacité d’adaptation, dues p. ex. à des changements trop importants ou trop rapides, ont déjà été observées et atteintes dans certains écosystèmes et certaines régions, comme les écosystèmes des récifs coralliens ou la disparition des glaciers. En Suisse, ce sont principalement des stratégies d’adaptation spécifiques à certains secteurs qui sont mises en œuvre, telles que des plans d’action contre la chaleur, des systèmes d’alerte précoce pour les dangers naturels ou des systèmes d’irrigation pour une utilisation durable de l’eau. Les premiers projets d’adaptation intersectoriels sont en cours.

1.4.1 Au niveau mondial

Ces dernières années, la planification et la mise en œuvre de mesures d’adaptation ont augmenté dans divers secteurs et régions du monde. Il existe de nombreuses options documentées et efficaces pour atténuer les effets et les risques climatiques dans différents contextes, secteurs et régions.1 (Ch. A.3) Malgré des progrès considérables, les mesures d’adaptation actuelles ne parviennent toutefois pas à suivre le changement climatique progressif.1 (Ch. A.3) Il en résulte un déficit d’adaptation croissant.

Les limites de la capacité d’adaptation, p. ex. en raison de changements trop importants ou trop rapides, ont déjà été observées et sont déjà atteintes dans certains écosystèmes et certaines régions (p. ex. dans les écosystèmes des récifs coralliens).107 Cela suggère que ces écosystèmes et régions pourraient être confrontés à des défis particuliers dans le cadre de la poursuite de l’adaptation au changement climatique, voire qu’aucune adaptation supplémentaire n’est possible.1, 108

En outre, certains secteurs et certaines régions connaissent des adaptations inappropriées qui renforcent souvent les inégalités sociales.108 (Ch. TS.D.3) P. ex., les digues côtières peuvent protéger les personnes et les infrastructures à court terme, mais elles augmentent le risque climatique à long terme, car ces zones protégées font l’objet d’une urbanisation croissante et les risques environnementaux s’accroissent. De plus, ces constructions perturbent ou endommagent souvent les écosystèmes côtiers.1 (Ch. B.4.3)

Encadré 3: Limites de l’adaptation

Les limites de l’adaptation sont atteintes lorsque les personnes, les organisations ou des systèmes entiers ne peuvent plus s’adapter efficacement aux conditions changeantes afin de se protéger contre des risques graves ou intolérables.109 On parle de risques intolérables lorsque les effets d’un changement menacent des valeurs sociales ou personnelles fondamentales. Il s’agit p. ex. de la sécurité publique, de la préservation des traditions culturelles, du respect des normes juridiques ou de la confiance dans les accords sociaux, également appelés contrats sociaux.110

Les limites de l’adaptation peuvent être souples ou dures (en anglais soft limits – hard limits). Les limites d’adaptation souples apparaissent lorsqu’il existe des possibilités d’adaptation à un risque, mais que celles-ci ne sont actuellement pas réalisables ou disponibles. La protection contre la chaleur croissante dans les villes en est un exemple : techniquement, il serait possible d’augmenter la végétalisation, de désimperméabiliser les sols ou d’adapter les constructions, mais les moyens financiers limités, le manque d’espace et la longueur des procédures de planification empêchent souvent une mise en œuvre rapide. Les limites d’adaptation strictes, en revanche, sont atteintes lorsqu’il n’existe plus de possibilités d’adaptation réalistes ou efficaces. Un exemple tiré de l’écologie est la migration vers les hauteurs des espèces végétales alpines qui aiment le froid : le sommet de la montagne constitue ici une limite d’adaptation stricte.

Moins les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont efficaces, plus il faut investir dans l’adaptation – et plus les limites de l’adaptation sont rapidement atteintes y compris en Suisse, notamment en raison de l’interaction de diverses contraintes, p. ex. écologiques, économiques et sociales.111

1.4.2 Europe

En 2020, plus de 30 pays européens disposaient d’une stratégie ou d’un plan national d’adaptation.108 Au niveau régional, la stratégie européenne d’adaptation a été adoptée en 2021, mettant l’accent sur une adaptation plus rapide et plus systématique, fondée sur des données.112, 113

Déjà 51 % des villes européennes disposent de plans d’adaptation au changement climatique spécifiques et ont commencé à les mettre en œuvre (contre seulement 26 % en 2018). De nombreuses villes misent davantage sur des mesures telles que les bâtiments résistants au changement climatique, les solutions basées sur la nature (SCbN), en anglais Nature-based Solutions, pour l’adaptation ainsi que les systèmes technologiques d’alerte précoce.114

Malgré ces évolutions, l’adaptation progresse encore trop lentement, voire recule. Les pertes économiques dues aux événements météorologiques et climatiques extrêmes ont augmenté plus rapidement que l’économie.115 En outre, un manque de données sur les indicateurs climatiques les plus importants persiste encore et leur collecte coordonnée à l’échelle européenne n’est pas garantie.116

1.4.3 Suisse

La Suisse a pris des mesures d’adaptation dans différents secteurs et, dans une moindre mesure, dans plusieurs secteurs à la fois, notamment pour réagir à divers événements extrêmes et à leurs conséquences (voir fig. 8).

Nombre de mesures d'adaptation par risque climatique

Figure 8 : Nombre de mesures d’adaptation par risque climatique. Le graphique montre le nombre de mesures d’adaptation mises en œuvre ou prévues en Suisse pour chaque catégorie de risque (catégories de risque selon Köllner et al.117, données basées sur une base de données du projet NCCS-Impacts « Coûts des effets du changement climatique en Suisse »).

Diverses mesures ont déjà été prises en Suisse pour lutter contre la hausse des températures et le réchauffement des villes supérieur à la moyenne dû à l’effet d’îlot de chaleur urbain. Dans un premier temps, l’accent a été mis sur les plans d’action contre la chaleur et sur les campagnes d’information. Celles-ci visent à informer la population sur les risques sanitaires des épisodes de forte chaleur et à donner des conseils sur le comportement à adopter en cas de températures élevées.118, 119 Ces dernières années, les efforts d’adaptation se sont progressivement étendus aux mesures dans le bâti visant à réduire à long terme l’effet d’îlot de chaleur urbain. Il s’agit notamment de créer davantage d’infrastructures vertes (p. ex., des arbres, des parcs ou des toits végétalisés) et d’utiliser des surfaces réfléchissantes qui emmagasinent moins de chaleur et contribuent ainsi à réduire la température ambiante.

Le suivi des décès dus à la chaleur en Suisse indique que la population s’est déjà partiellement adaptée à des températures plus élevées entre 1980 et 2023. Malgré la hausse des températures estivales moyennes et le vieillissement de la population, le nombre de décès dus à la chaleur pour 100 000 habitants a tendance à diminuer (voir fig. 9), même si la chaleur reste le danger naturel qui cause le plus de décès en Suisse.120 L’adaptation à la hausse des températures concerne toutefois principalement les jours où les températures sont modérément élevées, pendant lesquels la mortalité n’a finalement plus augmenté avec la hausse des températures. En revanche, on observe toujours une augmentation de la mortalité les jours où les moyennes de températures sont élevées ou très élevées.120

Afin de faire face aux risques croissants d’inondations et aux dangers naturels gravitaires tels que les coulées de boue et les chutes de pierres, des systèmes d’alerte précoce ont été mis au point pour alerter à la fois la population et les responsables des infrastructures. Ces systèmes sont désormais étendus à d’autres dangers, notamment les phénomènes météorologiques extrêmes, les sécheresses et les pénuries d’eau (pour plus d’informations, voir drought.ch).122 Outre les mesures de protection techniques, la Suisse mise depuis longtemps sur des solutions fondées sur la nature, p. ex., des forêts de protection sur les pentes raides afin de réduire les risques de chutes de pierres.123

En réponse aux changements dans la disponibilité de l’eau, l’utilisation de systèmes d’irrigation a été développée et des variétés de plantes résistantes au changement climatique ont été introduites.124 Ces mesures visent à maintenir la sécurité alimentaire et énergétique tout en minimisant l’impact environnemental d’une utilisation plus intensive de l’eau.

Outre ces adaptations sectorielles, les premières initiatives d’adaptation intersectorielles voient également le jour.125, 126 Les projets de renaturation des cours d’eau127 offrent p. ex. des avantages transsectorielles en matière de protection contre les inondations, de biodiversité et de loisirs, et démontrent le potentiel des approches multifonctionnelles et systémiques.

Évolution des décès dus à la chaleur en Suisse

Figure 9 : Évolution des décès dus à la chaleur pour 100 000 habitants entre 1980 et 2023. Le recul observé ces dernières années peut être attribué, au moins en partie, aux nouvelles mesures d’adaptation mises en place.121

Coup de projecteur sur le climat suisse

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