Ce rapport offre un aperçu actuel des principales connaissances scientifiques relatives au changement climatique. Il se concentre sur les connaissances spécifiques à la Suisse. Il met en lumière l’état actuel du changement climatique, ses conséquences ainsi que les évolutions futures attendues, les risques et les possibilités d’action. Le rapport, et en particulier son résumé à l’intention des décideuses et décideurs ci-dessous, s’adressent aux utilisatrices et utilisateurs du monde politique, dans l’administration, l’économie, l’éducation et la société civile. Une soixantaine de chercheuses et chercheurs ont contribué à l’écriture et la validation du rapport « Coup de projecteur sur le climat suisse » avec leur expertise spécifique.
Outre la revue scientifique, certaines parties prenantes ont été invitées à donner leur avis sur la clarté et l’utilité du résumé. Cette consultation visait à améliorer la présentation et l’adaptation du contenu au public cible ; elle ne constituait pas une évaluation du contenu.
Les différentes sections ou déclarations de ce résumé renvoient aux chapitres correspondants du rapport, où l’on trouve des informations complémentaires et les sources scientifiques correspondantes. Les principales sources du rapport sont les rapports du GIEC AR6 pour les explications générales et les scénarios climatiques suisses Climat CH2025 pour les informations spécifiques à la Suisse sur l’évolution du climat. À noter que les rapports du GIEC se basent sur la littérature disponible jusqu’à environ début 2021 sans prendre en compte les publications plus récentes.
Le réchauffement climatique est scientifiquement prouvé [1.1.1]. En moyenne, entre 2015 et 2024, la température mondiale à la surface du globe a été supérieure d’environ 1,2 °C à celle de la période de référence préindustrielle 1850-1900 [1.1.1]. Le réchauffement varie selon les régions du monde: en Europe, l’augmentation est d’environ 2,2 °C [1.1.2], en Suisse, elle atteint même 2,8 °C pour la même période [1.1.3]. Le réchauffement de la Suisse est donc plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale [1.1.3]. Ce réchauffement supérieur à la moyenne s’explique principalement par la situation géographique de la Suisse en Europe continentale et par le recul de la couverture neigeuse et glaciaire [1.1.3].
La cause principale du réchauffement est également scientifiquement démontrée : il s’agit de l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre causée par l’être humain, principalement le CO2, suivi du méthane et du protoxyde d’azote [1.1.1]. L’utilisation des énergies fossiles, l’utilisation et le changement d’affectation des terres, ainsi que les modes de production dans l’économie et les habitudes de consommation de la population sont principalement responsables de l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre [1.1.1].
Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de manière continue depuis environ 1960, même si le rythme de croissance s’est quelque peu ralenti ces dernières années [1.3.1]. De nombreux pays européens, dont la Suisse, ont réussi à réduire, au moins en partie, leurs émissions territoriales par habitant induites par la production nationale [1.3.1]. Cependant, les pays du Nord global continuent d’être responsables de la majeure partie des émissions cumulées depuis le début de l’industrialisation [3.1.6].
L’inventaire officiel et l’attribution des émissions aux pays s’effectuent selon le principe dit de territorialité : sont comptabilisées les émissions émises dans le pays concerné. En Suisse, environ un tiers des émissions territoriales proviennent des transports, un cinquième de l’industrie et des bâtiments (ménages et services) et un sixième de l’agriculture [1.1.3 et encadré 1]. Ces chiffres ne tiennent pas compte des émissions générées par la production de biens importés de l’étranger. Celles-ci sont particulièrement importantes pour la Suisse, car une grande partie de la consommation suisse repose sur des produits importés. Ces émissions « induites par la consommation » sont environ deux fois plus élevées que les émissions territoriales « induites par la production » [1.1.3, encadré 1 et fig. 6].
La Suisse subit déjà aujourd’hui les effets du changement climatique de multiples façons. Les températures moyennes augmentent continuellement et les événements extrêmes tels que les vagues de chaleur, les périodes de sécheresse et les fortes précipitations ont considérablement augmenté depuis le début du XXe siècle [1.2.3 A, 1.2.3 B]. Ces dernières années, une succession d’étés très chauds a entraîné de nombreux décès dus à la chaleur, dont beaucoup n’auraient pas eu lieu sans le changement climatique [1.2.3 G].
Des effets importants sont observés dans l’espace naturel alpin: la fonte des glaciers est clairement visible, tandis que le dégel du pergélisol est moins perceptible [1.2.3 E]. Ces deux phénomènes déstabilisent les sols et augmentent le risque de mouvements de terrains tels que les éboulements et les coulées de boue [1.2.3 E]. L’élévation de la limite du zéro degré entraîne une diminution de la couverture neigeuse et une modification des conditions pour les écosystèmes [1.2.3 E, 1.2.3 C]. De manière générale, les espèces faunistiques et floristiques habituées au froid disparaissent et les espèces habituées au chaud se multiplient [1.2.3 C]. Les forêts sont particulièrement touchées, tant par la sécheresse que par la propagation des ravageurs [1.2.3 D], tout comme les plantes cultivées et les animaux d’élevage [1.2.3 F].
La société est, d’une part, directement touchée par le réchauffement, principalement par des atteintes à la santé physique et mentale [1.2.3 G]. Les effets sur la santé sont particulièrement importants dans les villes, où l’effet d’îlot de chaleur amplifie les conséquences du réchauffement [1.2.3 H]. D’autre part, la population est également touchée indirectement par l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des dangers naturels et des événements extrêmes, ainsi que par leurs conséquences économiques [1.2.3 I].
L’économie est elle aussi déjà touchée à bien des égards. Le tourisme hivernal souffre ainsi d’une diminution de l’enneigement et d’une augmentation des dangers naturels [1.2.3 I]. Dans l’agriculture, la période de végétation s’allonge, ce qui permet de cultiver de nouvelles cultures et d’obtenir des récoltes parfois plus importantes [1.2.3 F]. Parallèlement, les besoins en irrigation augmentent et les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les fortes précipitations et la sécheresse entraînent plus fréquemment des pertes de récoltes [1.2.3 F]. Les phénomènes météorologiques extrêmes posent également des défis au secteur financier et aux assurances, car les coûts des dommages augmentent [1.2.3 I, 2.3.2 I]. En outre, les chaînes d’approvisionnement mondiales, dont dépendent particulièrement l’économie suisse et de nombreuses entreprises, sont touchées par les conséquences du changement climatique [1.2.3 I].
Le réchauffement climatique futur dépendra fortement de l’ampleur des réductions d’émissions [2.2.1]. Même si les États signataires de l’Accord de Paris atteignent les objectifs de réduction des émissions qu’ils ont actuellement annoncés (dans leurs contributions déterminées au niveau national, CDN), le réchauffement climatique devrait dépasser la limite de +1,5 °C déjà autour de 2030 [2.2.1]. Les modèles montrent que la mise en œuvre des contributions nationales annoncées jusqu’à présent par les pays entraînera, sans mesures supplémentaires, un réchauffement climatique d’environ 2,6 °C d’ici 2100 [2.2.1]. En revanche, si les mesures actuellement prévues ne sont pas mises en œuvre de manière suffisante et que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, la hausse serait de 3 à 4 °C [2.2.1]. Les points de bascule sont particulièrement critiques pour le climat mondial : si certains seuils de réchauffement climatique sont dépassés, des changements de manière soudaine ou irréversible se produiront dans le système climatique [2.1.2]. Parmi ceux-ci figure notamment la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental, qui entraînerait une forte élévation du niveau des océans à l’échelle mondiale [2.1.2]. Les seuils critiques varient selon les processus et ne sont connus que dans les grandes lignes [2.1.2]. Ces processus peuvent également avoir une influence indirecte sur la Suisse par le biais des relations commerciales globales [2.3.2 A]. En Suisse, on s’attend à un réchauffement nettement plus important que la moyenne mondiale, même si l’écart sera un peu moins prononcé qu’au cours des dernières décennies [2.2.2].
Les conséquences futures du réchauffement en Suisse évolueront en principe dans le même sens que celles déjà observées [2.2.2]. Leur fréquence et leur intensité continueront d’augmenter [2.2.2]. En particulier pour les phénomènes extrêmes, leur fréquence et leur intensité s’aggraveront plus que proportionnellement à l’augmentation de la température moyenne : des températures maximales quotidiennes extrêmes, qui ne survenaient auparavant (statistiquement selon la période de référence 1991-2020) que tous les 50 ans, seront environ 2,5 fois plus fréquentes avec un réchauffement climatique de 1,5 °C et environ 17 fois plus fréquentes avec un réchauffement climatique de 3 °C [2.3.2. A]. Les conséquences sur la santé sont particulièrement importantes dans les villes et les agglomérations et ont également des répercussions sur l’économie, par exemple en raison de la baisse de la productivité au travail en cas de chaleur extrême [2.3.2 A]. Parmi les risques les plus importants pour la Suisse figurent également la probabilité croissante de dangers naturels, la modification des habitats et de la composition des espèces, ainsi que les perturbations dues au changement climatique des chaînes d’approvisionnement internationales [2.3.2 A]. On peut s’attendre à ce que les coûts économiques totaux d’un changement climatique non maîtrisé au niveau mondial seront nettement plus élevés que ceux d’une atténuation efficace [2.3.2 I].
Avec le réchauffement croissant, la probabilité d’atteindre les limites de l’adaptation augmente, par exemple lorsque les infrastructures de protection deviennent disproportionnellement coûteuses ou techniquement insuffisantes [3.2.2 A]. En Suisse, il pourrait y avoir de plus en plus souvent des situations dans lesquelles des considérations de rentabilité conduiraient à abandonner certaines infrastructures ou utilisations dans des zones à haut risque plutôt que de les protéger à tout prix [3.2.2 A].
Avec l’Accord de Paris de 2015, les États se sont mis d’accord sur l’objectif de limiter le réchauffement à nettement moins de 2 °C et, si possible, de le maintenir à 1,5 °C [1.3.1]. La coopération internationale est un élément essentiel d’une politique climatique suisse cohérente [encadré 2]. Les instruments de l’Accord de Paris – tels que le financement de la lutte contre le changement climatique, le transfert de technologies, le renforcement des connaissances spécialisées et des capacités institutionnelles, ainsi que les mécanismes de marché internationaux comme le système d’échange de quotas d’émission – ont contribué à renforcer les mesures prises à l’échelle mondiale [3.1.3]. Toutefois, les efforts collectifs restent nettement en deçà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de Paris [3.2.1].
Avec sa stratégie climatique à long terme, la loi sur le CO2 et la loi sur le climat et l’innovation, la Suisse s’est engagée à atteindre l’objectif de zéro net et a pris des mesures et fixé des objectifs correspondants pour réduire ses émissions [1, encadré 2]. La Suisse dispose aujourd’hui de nombreuses options pour une décarbonation rapide, en particulier dans les domaines des transports et de la production de chaleur [3.1.1, 3.2.1]. Le développement actuel et futur de ces options dépend essentiellement de la politique climatique et énergétique, notamment des normes d’efficacité, de la promotion des énergies renouvelables et des taxes incitatives [3.1.1].
Les objectifs stratégiques et légaux de la Suisse s’inscrivent dans un cadre compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris [3.2.2 A]. Les mesures adoptées jusqu’à présent sont toutefois insuffisantes pour atteindre ces objectifs [3.2.2 A]. En outre, il manque à la fois des objectifs et des mesures visant à réduire les émissions induites par les importations et celles liées aux flux financiers suisses [3.2.2 A]. En outre, une partie de la réalisation des objectifs prévus consiste à acheter des crédits d’émission à l’étranger [3.1.3]. Cette approche peut être plus rentable à court terme, mais son utilité est limitée à moyen et long terme: d’une part, l’efficacité des réductions d’émissions ainsi obtenues est généralement remise en question, d’autre part, cela risque de retarder les progrès nécessaires en matière de réduction au niveau national, et les émissions restantes devront alors être réduites très rapidement au niveau national [3.2.2 A, 2.3.2 I].
Outre les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre en Suisse, des mesures ont déjà été prises pour s’adapter aux conséquences du changement climatique [3.2.2 A]. Le plan d’action 2020-2025, qui s’appuie sur la stratégie d’adaptation suisse de 2012, comprend des mesures intersectorielles visant à renforcer les connaissances, à améliorer la coordination et à mettre en œuvre la stratégie, ainsi que des mesures sectorielles dans des domaines tels que la gestion de l’eau, l’agriculture et la santé [3.2.2 A]. De nombreux cantons ont déjà élaboré des plans d’action contre les canicules, des mesures de protection contre les canicules sont déjà mises en œuvre dans certains aménagements urbains [1.4.3, 3.2.2 G] et la protection contre les dangers naturels continue d’être renforcée [1.4.3, 3.2.2 B]. Certaines de ces mesures ont déjà de l’impact : la population s’est partiellement adaptée à des températures plus élevées et les nuisances liées à une chaleur modérée ont quelque peu diminué [1.4.3]. Avec des températures en hausse, les investissements nécessaires pour les mesures d’adaptation devraient encore augmenter considérablement à tous les niveaux politiques et pourraient parfois atteindre les limites de la faisabilité et nécessiter des considérations sur le rapport coûts-utilités [3.2.2 A].
Le changement climatique soulève de questions fondamentales de justice et d’équité mondiale [3.1.6] :
C’est pourquoi l’Accord de Paris consacre le principe des « responsabilités communes mais différenciées ». Pour la Suisse, cela signifie : En tant que pays prospère avec des émissions par habitant élevées et une grande capacité technologique et financière, elle a pour responsabilité particulière, tant de réduire rapidement ses propres émissions que de soutenir, dans les pays plus pauvres, des voies de développement à faibles émissions et des mesures d’adaptation autonomes, ainsi que de contribuer à l’indemnisation des dommages et des pertes liés au changement climatique [3.1.6]. La question de savoir si de nombreux pays prospères, dont la Suisse, ont versé les contributions financières qu’ils s’étaient engagés à verser pour soutenir les pays du Sud global dans les proportions convenues fait l’objet de débats persistants [3.1.3].
De nombreuses mesures sectorielles visant à atténuer le changement climatique ont des avantages sociaux, économiques ou écologiques supplémentaires considérables (co-bénéfices) [3.1.1]. Par exemple, les mesures prises dans les secteurs des transports et du bâtiment peuvent non seulement réduire les émissions, mais aussi améliorer la qualité de l’air, la santé et la qualité de vie [3.2.2 G, 3.2.2 H]. En outre, les mesures visant à protéger la biodiversité peuvent contribuer de manière significative à la protection du climat et à l’adaptation [3.2.2 C], tandis que des mesures ambitieuses en matière de protection du climat peuvent également stimuler l’économie et favoriser l’innovation [2.3.2 I, 3.2.2 I]. Lorsque des conflits d’objectifs existent, ils peuvent être réduits grâce à une planification, une gestion et une réglementation minutieuses [3.2.2 C]. Dans l’ensemble, les mesures de protection du climat présentent plus de synergies que de conflits avec les objectifs du développement durable [3.1.5].
Un transfert clair et rapide des investissements vers des technologies et des infrastructures à la fois à faibles émissions et résilientes aux changements climatiques peut réduire les pertes et les dommages pour les personnes et les écosystèmes [3.1.1]. La mise en œuvre de telles innovations nécessite une large acceptation sociale et a besoin de temps [3.1.1]. Une politique climatique efficace exige donc une coordination à tous les niveaux de l’État ainsi que la participation de la société civile et du secteur privé [3.1.1, 3.1.2]. Des réseaux et des partenariats largement soutenus entre l’administration, l’économie, la science et la société civile peuvent accélérer la protection du climat et, grâce à l’intégration des perspectives locales, accroître l’acceptation des mesures [3.1.1, 3.1.2].
La place financière suisse joue un rôle clé dans la mise en œuvre des mesures. Grâce à ses importants volumes de capitaux, elle pourrait soutenir beaucoup plus la protection du climat qu’elle ne le fait actuellement si les investissements étaient orientés vers les objectifs climatiques de manière conséquente [2.3.2 I]. Jusqu’à présent, cela n’a été qu’insuffisamment le cas [3.2.2 I]. Il y a pour les entreprises un potentiel considérable, notamment dans la promotion de l’économie circulaire, c’est-à-dire une utilisation efficiente des ressources tout au long de la chaîne d’approvisionnement [3.2.2 I]. Les solutions de branche sont les plus prometteuses à cet égard [3.2.2 I]. Les domaines de l’alimentation, de la construction et du logement, de la mobilité privée, des machines et de l’industrie chimique recèlent un potentiel important encore inexploité [3.2.2 I].
Outre le secteur financier privé, les finances publiques jouent également un rôle décisif. Une politique financière et fiscale appropriée est essentielle pour atteindre les objectifs climatiques et garantir des mécanismes de compensation sociale [3.2.2 I, 3.1.1]. Les investissements de la Confédération, des cantons et des communes dans des innovations et des infrastructures respectueuses du climat ont un effet de levier important [3.1.1]. La suppression des avantages fiscaux accordés aux énergies fossiles pourrait en outre réduire les émissions de plusieurs millions de tonnes par an [3.2.2 I].
Une communication ciblée et claire est essentielle pour ancrer la politique climatique dans la société [3.1.8]. Les messages clairs, orientés vers l’action, adaptés au groupe cible et répétés, qui traduisent des informations abstraites dans des contextes nationaux ou locaux concrets, sont efficaces [3.1.8]. Les voix dignes de confiance issues des milieux scientifiques, politiques, économiques et de la société civile renforcent l’acceptation [3.1.8]. Les récits, les comparaisons et les visualisations contribuent également à rendre compréhensibles et tangibles des relations complexes [3.1.8].
La recherche montre que, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, une combinaison d’instruments politiques complémentaires est plus efficace que des mesures individuelles telles que certaines interdictions ou subventions [3.1.2]. En Suisse, une combinaison
peut permettre une transition rapide et efficace vers la neutralité carbone [3.1.2]. Il est essentiel que les différents instruments de cette combinaison soient coordonnés, c’est-à-dire qu’ils se complètent et se renforcent mutuellement.
La combinaison de mesures orientées vers l’efficacité et vers la sobriété (voir glossaire) ainsi que le remplacement des énergies fossiles peuvent accélérer la réalisation des objectifs climatiques [3.2.1, 3.2.2 A]. En Suisse, les choix en matière de mobilité [par exemple dans le domaine du transport aérien] et les habitudes alimentaires responsables et économes en ressources offrent un potentiel de réduction particulièrement important [3.2.2 A].
Les changements de comportement de la population constituent donc un pilier important pour atteindre les objectifs climatiques. Des mesures politiques et opérationnelles peuvent, si elles sont conçues de manière appropriée, faire des choix respectueux du climat le choix le plus simple. En voici quelques exemples [3.1.4, 3.2.2 F] :
Pour que les mesures d’adaptation soient efficaces, il est nécessaire de coordonner tous les niveaux politiques et d’impliquer la société civile et le secteur privé [3.2.2 A]. Afin de faire avancer les mesures d’adaptation, la Suisse a par exemple mis en place une approche de coordination décentralisée avec le « Réseau pour l’adaptation aux changements climatiques » [3.2.2 A]. Celui-ci met en relation des acteurs étatiques à différents niveaux politiques avec la société civile et le secteur privé. Des programmes fédéraux tels qu’Adapt+ encouragent en outre des projets d’adaptation concrets [3.2.2 A]. Ces activités pourraient toutefois s’avérer insuffisantes pour faire face aux conséquences attendues du changement climatique [3.2.2 A]. Les mesures d’adaptation – telles que l’adaptation des réglementations en matière de construction, le développement de mesures de protection fondées sur la nature et techniques ou la conception de systèmes de santé et de systèmes sociaux adaptés au climat – sont particulièrement efficaces lorsqu’elles s’inscrivent dans le long terme et tiennent compte des inégalités sociales et des connaissances en sciences comportementales [3.2.1, 3.1.4].
Les connaissances scientifiques montrent que si la Suisse a posé les bases importantes d’une politique climatique efficace grâce à des objectifs, des lois et diverses autres mesures, les efforts déployés jusqu’à présent ne suffisent pas pour atteindre les objectifs climatiques nationaux [3.2.2 A]. En même temps, les risques liés au changement climatique continuent d’augmenter [2.3.2] et des domaines clés tels que la décarbonation des transports et de la production de chaleur [3.2.2 H] et l’orientation des flux financiers [3.2.2 I] vers l’objectif climatique restent insuffisamment pris en compte.
Pour accélérer la protection du climat, une transformation résolue et socialement équilibrée est nécessaire. Les leviers centraux sont la réorientation des investissements publics et privés vers des infrastructures résiliantes et respectueuses du climat, la suppression des subventions aux énergies fossiles et une combinaison bien coordonnée de réglementation et de promotion, ainsi qu’une gestion basée sur le marché grâce à la tarification du CO2 [3.1.2, 3.2.2 I]. L’économie circulaire [3.2.2 I], les stratégies de sobriété et mesures d’incitation [3.1.4] sont d’autres leviers permettant de réduire les émissions de manière structurelle et durable. Il en résulte de nombreuses situations gagnant-gagnant et des avantages supplémentaires importants (co-bénéfices), notamment une meilleure qualité de l’air, des bénéfices pour la santé ou de nouvelles opportunités économiques grâce à des technologies innovantes [3.1.5, 3.2.2 G, 3.2.2 H].
En tant que pays prospère avec des émissions par habitant élevées, la Suisse assume en outre une responsabilité internationale particulière [3.1.6]. Dans ce contexte, outre les réductions des émissions territoriales, les contributions internationales gagnent en importance dans une perspective d’équité, par exemple sous la forme d’un financement de la lutte contre le changement climatique et d’un soutien aux mesures d’adaptation dans les pays du Sud global [3.1.6].
Les options d’action centrales et intersectorielles peuvent être regroupées en quatre piliers interconnectés :
Ces éléments sont interdépendants: l’absence ou la lenteur de la réduction des émissions augmente le besoin d’émissions négatives et rend la protection du climat et l’adaptation plus coûteuses ; les émissions négatives ne peuvent compenser qu’au plus une petite partie de la réduction ; et le manque de solidarité internationale affaiblit la capacité d’action mondiale. À l’inverse, une politique climatique cohérente et prospective de la Suisse peut contribuer à limiter les risques tout en exploitant les opportunités en matière de développement durable, tant au niveau national que mondial.
Le changement climatique a des répercussions très différentes selon les secteurs. Le tableau ci-dessous résume donc, par secteur, les effets du changement climatique déjà observés, les évolutions possibles à l’avenir et les mesures pouvant être prises pour atténuer le changement climatique ou s’adapter à ses effets. Les autres secteurs concernés y sont également mentionnés. Les possibilités d’action décrites sont des mécanismes et des moyens qui sont déjà partiellement utilisés, qui pourraient être améliorés ou qui pourraient être abordés sous un angle nouveau. Le tableau contient quelques points importants qui ont fait l’objet d’études scientifiques approfondies, mais il ne constitue pas un aperçu exhaustif. Une discussion plus détaillée des différents aspects est disponible dans le rapport de base « Coup de projecteur sur le climat suisse ».