Mesures (atténuation et adaptation)

Chapitre 3 / Ce chapitre expose les principes fondamentaux d’une gestion efficace et équitable du changement climatique et présente des pistes d’action pour des mesures d’atténuation et d’adaptation en Suisse.

3.1 Principes généraux

Les pertes économiques causées par le changement climatique sont estimées à 10–23 % du PIB mondial d’ici 2100. Un transfert rapide et significatif des investissements vers des technologies et des infrastructures à faible émission de gaz à effet de serre et résilientes au changement climatique est considéré comme essentiel pour réduire ces risques. En outre, des mesures politiques peuvent renforcer la résilience de la société et réduire sa vulnérabilité aux risques climatiques. Des objectifs clairs, une coordination intersectorielle et des processus de gouvernance inclusifs favorisent l’efficacité des mesures de protection du climat. Une coopération à tous les niveaux, y compris une coordination au niveau international, est également importante pour clarifier les questions d’équité. Des mesures de protection du climat mises en œuvre avec succès peuvent également contribuer de manière synergique à la réalisation d’autres objectifs, tels que les objectifs de développement durable (ODD).

3.1.1 Investissements et action publique

Une réorientation claire et rapide des investissements vers des technologies et des infrastructures à la fois à faibles émissions de gaz à effet de serre et résistantes au changement climatique permettrait de réduire les pertes et les dommages pour les populations et les écosystèmes.1 (Ch. C.2, Ch. C.6) Selon le rapport du GIEC, les pertes dues aux effets de la température sont estimées à 10–23 % du PIB mondial d’ici 2100, soit plus que prévu jusqu’à présent.108 (Fig. TS.AII.2) Cependant, il faut du temps pour que les innovations soient largement acceptées. Cela peut entraîner des retards dans les mesures d’atténuation et d’adaptation, qui à leur tour entraînent des pertes financières considérables. En outre, les infrastructures durables deviennent de plus en plus vulnérables aux effets du changement climatique, ce qui contribue à augmenter le montant des dommages.

Au cours des dix dernières années, de nombreuses possibilités de décarbonation rapide sont apparues et sont devenues rentables, p. ex. dans les domaines des énergies renouvelables et de l’électrification du chauffage et des transports. Cela résulte en grande partie des politiques climatiques et énergétiques, telles que le soutien direct aux technologies, les normes réglementaires et la tarification du carbone.91 Les mesures sectorielles visant à atténuer le changement climatique, en particulier dans les secteurs des transports, du logement et de l’agriculture, ont une valeur ajoutée considérable (y compris financière), notamment en termes de santé humaine (p. ex., réduction de la pollution atmosphérique, mode de vie plus actif).1 (Ch. C.2)

La coordination de l’action publique à plusieurs niveaux, du local au mondial, et l’implication de la société civile et du secteur privé jouent un rôle décisif pour permettre et accélérer les mesures de protection du climat.204, 205 Les réseaux, les ateliers et les partenariats entre les institutions publiques à plusieurs niveaux, l’économie, la science et la société civile sont des formes possibles de processus de planification et de décision intégratifs. La prise en compte des divers intérêts et des connaissances locales favorise en particulier l’acceptation et la mise en œuvre des mesures de protection du climat.1 (Ch. C.6.5)

Le recours aux mesures de politique climatique s’est accru et a déjà eu un impact mesurable sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la promotion des changements systémiques nécessaires. P. ex., dans certains pays, les mesures politiques ont renforcé le développement des énergies renouvelables, amélioré l’efficacité énergétique, réduit la déforestation et accéléré l’introduction de nouvelles technologies.1 (Ch. A.4.1)

3.1.2 Gouvernance et stratégies

Une combinaison de différents instruments politiques qui se renforcent mutuellement s’est avérée plus efficace que des instruments individuels pour réduire rapidement les émissions.91 Un exemple d’une telle combinaison est l’association de réglementations telles que les normes d’émission, d’aides technologiques telles que les subventions et de mesures basées sur le marché telles que les taxes sur le CO2.91 La manière dont les instruments sont combinés dépend de facteurs sectoriels, de la capacité de gouvernance et du soutien de la population.206 La capacité de gouvernance ne comprend pas seulement l’autorité formelle d’un décideur. Elle dépend également de sa légitimité politique, de la force des institutions, des mécanismes de mise en œuvre disponibles et de la capacité à mobiliser des ressources.

Les mesures politiques peuvent renforcer la résilience de la société et réduire sa vulnérabilité aux risques climatiques. Il s’agit p. ex. de mesures visant à dépasser les obstacles à l’innovation et à améliorer la capacité d’adaptation, à promouvoir une planification des infrastructures résistantes au changement climatique et à fournir un soutien financier et technique pour des mesures concrètes.207 Ces mesures dépendent également d’une gouvernance suffisante, y compris d’une coopération à de nombreux niveaux de la société.208

Des objectifs clairs, une coordination transsectorielle et des processus de gouvernance inclusifs facilitent la mise en œuvre de mesures efficaces de protection du climat. Il a été démontré que les pays disposant d’un ministère dédié au climat mettent en œuvre leur politique climatique plus efficacement que ceux qui n’en ont pas.209 En outre, le financement de la lutte contre le changement climatique est plus efficace dans les pays disposant d’une banque d’investissement soutenue par l’État et spécialisée dans les investissements à faible intensité de carbone.210

Nombre de mesures d'adaptation par acteur

Figure 12 : Nombre de mesures d’adaptation par acteur responsable de leur mise en œuvre. Le graphique montre combien de mesures d’adaptation mises en œuvre ou prévues en Suisse sont associées à chaque acteur. Les acteurs correspondent aux organisations ou instances qui planifient ou mettent en œuvre les mesures (catégories de risques selon Köllner et al.117 Données issues sur une base de données du projet NCCS-Impacts « Coûts des effets du changement climatique en Suisse »).

3.1.3 Coopération internationale

La coopération internationale a conduit à un renforcement et à une accélération des mesures visant à atténuer le changement climatique.211 Au niveau mondial, l’Accord de Paris a encouragé l’établissement d’objectifs nationaux de zéro net CO2 pour le milieu du siècle. En outre, lors de la COP29 à Bakou en 2024, il a été décidé de tripler les fonds alloués aux pays en développement d’ici 2035, passant de 100 milliards de dollars US par an à 300 milliards de dollars US par an.212 D’autres formes de coopération internationale, notamment les réseaux transnationaux de villes, les partenariats régionaux, les accords sectoriels et les initiatives du secteur privé, se sont multipliées, mais leur efficacité est sujet à discussion.213

L’Accord de Paris vise à renforcer la protection mondiale du climat grâce à la coopération internationale. Elle prévoit à cet effet divers instruments, notamment une aide financière aux pays pauvres, le transfert de technologies respectueuses du climat et le renforcement des connaissances spécialisées et des capacités institutionnelles.4 (Ch. 14) En outre, l’accord autorise le recours à des mécanismes de marché internationaux, tels que l’échange de quotas d’émission, afin de rendre la réduction des gaz à effet de serre plus efficace.4 (Ch. 14) De nombreux pays riches, dont l’Allemagne, le Canada et le Japon, ont déjà pris des mesures dans ces domaines, mais pas dans la mesure nécessaire pour atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique convenu dans l’Accord de Paris.214 La Suisse est l’un des rares pays à prévoir d’atteindre une partie de ses objectifs en matière d’émissions grâce à des projets de protection du climat à l’étranger et à vouloir faire valoir des crédits d’émission à cet effet. D’autres acteurs, tels que l’Union européenne ou le Royaume-Uni, ont en revanche décidé d’atteindre leurs objectifs principalement par des mesures nationales. O, 215

Bien que le financement international de la lutte contre le changement climatique soit un élément important de la politique climatique internationale de la Suisse,216 la question de savoir si les engagements financiers envers les pays du Sud sont pleinement respectés fait l’objet d’un débat public. La Suisse et d’autres pays riches sont invités à renforcer encore leur rôle dans le financement international de la lutte contre le changement climatique et à mettre effectivement à disposition les fonds promis.1 (Ch. A.4.5)

3.1.4 Changement de comportement

Les changements de comportement collectifs visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre nécessitent à la fois la volonté, la motivation et la capacité de la population à opérer ces changements. Ils complètent les mesures de politique climatique du côté de l’offre et de la demande.217 La promotion des énergies renouvelables ou la réglementation des émissions industrielles sont des exemples de mesures du côté de l’offre. Des exemples de mesures du côté de la demande sont la tarification du COet les subventions pour la rénovation des bâtiments, les pompes à chaleur ou les installations solaires. Parallèlement, les changements de comportement collectifs ont souvent des effets positifs sur le bien-être collectif (co-bénéfices), p. ex. grâce à l’amélioration immédiate de la santé grâce à une mobilité active ou à une alimentation plus variée comprenant une plus grande proportion de produits végétaux.217

Les mesures visant à influencer les comportements sont également efficaces en Suisse, en particulier des configurations par défaut “vertes” lors d’achat de services ou d’énergie, c’est-à-dire les choix de base parmi les options disponibles, en anglais green defaults (p. ex., l’électricité issue d’énergies renouvelables est le choix par défaut ; ceux qui ne le souhaitent pas doivent activement s’y opposer). Une autre option consiste à mettre en place des possibilités de renoncement volontaire à des droits légaux au profit d’offres plus écologiques, en anglais opt-out. Un exemple en est la renonciation volontaire à une carte de stationnement pour résidents en échange de réductions sur le covoiturage ou les transports publics.218, 219

Au-delà des décisions des consommatrices et consommateurs, les connaissances basées sur le comportement peuvent également contribuer de manière significative aux options d’atténuation et d’adaptation grâce à une réflexion systémique.220 Cela inclut des réglementations respectueuses du climat pour les activités de placement (p. ex., un 3ème pilier respectant des critères de durabilité) ou une meilleure intégration des sciences comportementales dans la conception des marchés (de l’énergie), afin que ceux-ci ne se réfèrent pas strictement à un Homo oeconomicus (théoriquement) uniquement et constamment tourné vers son intérêt et des objectifs personnels.

3.1.5 Synergies et conflits d’objectifs avec le développement durable

À court terme, il existe nettement plus de synergies que de conflits entre les mesures de protection du climat et les objectifs de développement durable (ODD).221 De nombreuses initiatives en matière de politique climatique contribuent à la réalisation des objectifs de développement durable, tandis qu’à l’inverse, de nombreuses mesures de développement durable favorisent la protection du climat.222, 223 Ces avantages mutuels (aussi appelés co-bénéfices) résultent notamment de la baisse des coûts des énergies renouvelables et d’autres technologies à faible émission de carbone, qui facilite leur utilisation à grande échelle.

Parmi les exemples de telles synergies, on peut citer la lutte contre la pauvreté (ODD 1) grâce à l’accès à une énergie décentralisée et renouvelable (ODD 7), l’élimination de la faim (ODD 2) grâce à une productivité agricole accrue et à l’amélioration de la transformation et de la réfrigération des aliments, ou la promotion de la santé et du bien-être (ODD 3) grâce à une mobilité active et à une alimentation durable. Les villes et les communautés durables (ODD 11) bénéficient également d’une meilleure qualité de l’air et d’une réduction du bruit, tout comme la protection des écosystèmes terrestres (ODD 15) grâce à une moindre consommation de bois de chauffage.221, 224 Dans le même temps, cependant, des conflits d’objectifs peuvent surgir dans certains domaines, tels que l’élimination de la faim (ODD 2) ou la promotion de la croissance économique (ODD 8), lorsque les mesures de protection du climat entrent en concurrence à court terme avec d’autres objectifs de développement.

3.1.6 Équité

Les causes et les conséquences du changement climatique sont réparties de manière inégale et entraînent de multiples formes d’injustice.225-228 Celles-ci se manifestent dans le temps, car les générations futures seront exposées à des risques et à des dommages nettement plus importants que la population actuelle.1 Elles se manifestent également sur le plan économique, car si les personnes et les pays les plus riches sont responsables d’une plus grande partie des émissions, ce sont les groupes socialement et économiquement défavorisés qui souffrent le plus des conséquences, tant en Suisse qu’à l’échelle mondiale.229 Enfin, il existe des inégalités géographiques: les conséquences du changement climatique touchent beaucoup plus durement les pays vulnérables du Sud global que ceux du Nord global,230 alors que ces pays ont historiquement moins contribué au changement climatique et continueront, pour la plupart, à produire moins d’émissions dans un avenir proche.231

La lutte contre le changement climatique implique des « responsabilités communes mais différenciées » dans la prise en charge des mesures en faveur du climat. Différentes théories de la justice concluent toutes que les pays riches et les individus fortunés ont une responsabilité particulièrement importante en matière de réduction des émissions.232 Le débat politique se concentre souvent sur les réductions nationales des émissions, mais d’autres priorités peuvent également être mises en avant du point de vue de la justice,227, 228, 233 telles que la possibilité d’un développement découplé des émissions pour les pays pauvres,234 le soutien à des mesures d’adaptation aussi autonomes que possible235, 236 ou une indemnisation appropriée pour les dommages et les pertes liés au climat.237

Ces exigences sont justifiées soit par leur contribution au changement climatique, soit par les avantages qui en découlent, soit par leur capacité.233, 238 En termes de capacité, la Suisse, en tant que pays riche, porte une responsabilité particulièrement importante.

Les différentes générations seront exposées aux conséquences du changement climatique à des degrés divers

Figure 13 : Les différentes générations seront exposées aux conséquences du changement climatique à des degrés divers.4

3.1.7 Migration

La plupart des déplacements directement liés au changement climatique se font actuellement sur de courtes distances. De plus, une grande partie des victimes retournent dans leur pays d’origine après un certain temps.4, 108 Un afflux de « réfugiés climatiques » en Suisse est peu probable. Les personnes déplacées ne disposent souvent que de moyens financiers et de ressources limités, ce qui rend difficile leur fuite vers des pays plus lointains. Les effets indirects du changement climatique sur l’économie mondiale et, le cas échéant, sur certains conflits pourraient toutefois accroître la pression migratoire.4, 108

Néanmoins, la mobilité de la population peut constituer une adaptation au changement climatique.239 Plus les personnes sont empêchées de migrer par des barrières politiques ou un manque de ressources, plus elles sont vulnérables. La mise en place d’une gestion coordonnée des migrations au niveau international peut donc contribuer à atténuer les conséquences du changement climatique.240 (Ch. TS.D.8.6)

3.1.8 Communication

Une nette majorité de Suisses (73 %) reconnaît que le changement climatique est un fait causé par l’être humain,241 s’en inquiète et est prête à contribuer à la lutte contre le changement climatique.242 Il existe toutefois un écart considérable entre les opinions et les comportements des Suisses.241 La communication peut contribuer à réduire cet écart.

Pour une communication efficace, les émetteurs, les canaux et les messages jouent un rôle important :

  • Les climatologues, les bulletins météo à la télévision, la famille et les amis ainsi que les organisations environnementales font partie des sources d’information sur le changement climatique les plus fiables dans des pays similaires (comme l’Espagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne).243
  • Pour améliorer la compréhension du changement climatique par le grand public, il est utile d’utiliser des messages simples et clairs, répétés à plusieurs reprises, et de faire appel à des communicateurs dignes de confiance.244
  • Les messages abstraits et les descriptions globales du changement climatique doivent être mis en relation avec les contextes nationaux, régionaux et locaux.245 À cet égard, les récits et les histoires,246 les métaphores ou les comparaisons imagées247 et les visualisations expressives248, 249 peuvent notamment s’avérer efficaces.
  • Afin de communiquer efficacement avec différents groupes cibles, la communication doit également être adaptée aux attitudes de ces groupes vis-à-vis du climat. Des propositions visant à différencier les groupes cibles sont disponibles pour de nombreux pays et décrivent généralement un spectre allant des « alarmés » et « convaincus » aux « douteurs » et « rejetants ».250-252

3.2 Options d’atténuation et d’adaptation

Il existe un écart important entre les réductions d’émissions résultant de la mise en œuvre des CDN adoptées par les différents États d’ici 2035 et les réductions d’émissions qui seraient nécessaires, selon les modèles de calcul, pour maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale en dessous de +1,5 °C. En outre, il existe souvent un écart entre les objectifs fixés dans les CDN et les mesures effectivement mises en œuvre. Pour parvenir à des réductions d’émissions profondes et durables, un changement rapide et complet est nécessaire dans tous les secteurs et tous les systèmes. Cela nécessite le développement considérable d’un large éventail d’options de réduction et d’adaptation. La combinaison de solutions technologiques à grande échelle et de mesures comportementales peut contribuer à réduire les émissions dans tous les secteurs. Cependant, l’efficacité des options d’adaptation atteindra ses limites à mesure que le réchauffement s’accentuera.

3.2.1 Au niveau mondial

Atténuation

Une transformation rapide et globale dans tous les secteurs et systèmes est nécessaire pour parvenir à des réductions profondes et durables des émissions. Cela nécessite le développement considérable d’un large éventail d’options d’atténuation. Des options réalisables, efficaces et rentables pour atténuer le changement climatique sont déjà disponibles, avec des différences régionales et sectorielles. On peut citer comme exemples l’électrification du chauffage et des transports, ainsi que l’utilisation de technologies de production d’énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire.1 Ces options sont partiellement mises en œuvre, mais se heurtent principalement à des obstacles socioculturels et à une résistance économique.1, 253

Il existe un écart important entre les réductions d’émissions résultant de la mise en œuvre des CDN annoncées par les différents États d’ici 2035 et les réductions d’émissions qui seraient nécessaires, selon les modèles de calcul, pour maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale en dessous de +1,5 °C.133 Avec une réduction régulière des émissions mondiales de CO2 à partir de 2020, les émissions nettes de CO2 devraient atteindre zéro en 2041 ou 2036 (selon la probabilité considérée). Les trajectoires de réduction actuelles en sont encore loin.1 (tableau SPM.2)

À cela s’ajoute l’écart entre les CDN et les mesures effectivement prises. Cela signifie que les décisions politiques actuelles des États conduisent à des émissions plus élevées que celles visées et promises par les États sur le papier.83

La combinaison de mesures orientées vers l’efficacité et vers la sobriété contribue de manière importante à la réalisation des objectifs climatiques.91, 254, 255 Sans mesures suffisantes pour encourager les changements de comportement et adapter la demande (approches orientées vers la sobriété), la pression aux changements de technologies du côté de l’offre augmente, p. ex., pour améliorer l’efficacité énergétique (approches orientées vers l’efficacité) ou pour utiliser des technologies de substitution. Cela comporte des risques, en particulier lorsque les approches technologiques s’appuient sur de nouvelles technologies dont le potentiel réel d’atténuation est encore incertain.

Adaptation

Il existe déjà des options d’adaptation réalisables, efficaces et peu coûteuses, mais elles varient selon les systèmes et les régions. Les stratégies correspondantes comprennent, p. ex., la modification de la planification des infrastructures, l’accès des pays pauvres aux innovations (transfert de technologies), la promotion de changements socioculturels et comportementaux, la mise en œuvre de la protection sociale, l’amélioration des services climatiques ainsi que la protection et la restauration des écosystèmes.4 (Ch. 4) En outre, les stratégies visant à améliorer la résilience de l’agriculture et de la sylviculture ainsi que des infrastructures, à maintenir un approvisionnement électrique fiable et à garantir une utilisation efficace de l’eau sont d’une importance cruciale.

Encadré 6: Mécanismes de coopération et systèmes d’échange de quotas d’émission

L’article 6 de l’Accord de Paris a introduit un mécanisme permettant aux États signataires de coopérer volontairement entre eux afin d’atteindre leurs objectifs nationaux de réduction des émissions (CDN) (art. 6.2). Cela peut se faire en partie par le biais de projets de réduction des émissions à l’étranger (voir encadré 2). Ce mécanisme est supervisé par un comité des Nations Unies afin d’éviter d’éventuels abus tels que le « double comptage » (la réduction des émissions est prise en compte dans les deux pays). Grâce à une transparence accrue, à des rapports réguliers et à des exigences de qualité strictes, les projets doivent également pouvoir prouver leur « additionnalité » (à savoir que la réduction des émissions n’aurait pas eu lieu sans les recettes provenant de la vente de crédits carbone). La Suisse prévoit d’utiliser ce mécanisme pour atteindre ses CDN (voir ch. 3.2.2 A).

Outre le mécanisme international, il existe des systèmes régionaux ou nationaux d’échange de quotas d’émission. Dans l’UE, ce système s’appelle « système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne » (SEQE-UE). Il vise à contribuer à la réalisation des objectifs de réduction des émissions de l’UE. Le SEQE-UE fonctionne selon le principe du plafonnement et d’échange de quotas, en anglais cap-and-trade , dans lequel l’UE fixe la limite maximale des émissions totales et la répartit en certificats négociables. Cette limite maximale est continuellement abaissée. Les entreprises reçoivent ou achètent des certificats (en anglais EU Allowances, EUA) qui leur donnent le droit d’émettre une certaine quantité d’émissions. Les quotas non utilisés peuvent être négociés. À partir de 2026, l’UE introduira en outre un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) (en anglais Carbon Border Adjustment Mechanism, CBAM). Les pays tiers qui importent des marchandises à forte intensité d’émissionsP dans l’UE devront à l’avenir acquérir des quotas MACF afin de compenser la différence entre les coûts des émissions dans le pays de production et le prix des quotas dans l’UE. Ce mécanisme sera progressivement intégré dans le SEQE-UE.

Jusqu’en 2020, la Suisse disposait de son propre système d’échange de quotas d’émission (SEQE-CH), qui est désormais lié au SEQE-UE. Les marchandises d’origine suisse sont exemptées de la réglementation MACF en raison des systèmes d’échange de quotas d’émission liés entre l’UE et la Suisse. La Suisse souhaite adapter son système d’échange de quotas d’émission au même rythme que l’UE afin que les systèmes puissent rester liés. Le projet de loi relative à l’ajustement carbone aux frontières lors de l’importation de marchandises à base de ciment (LACFC) est actuellement en élaboration. La loi sur le CO2 à partir de 2030 prévoit également un système d’échange de quotas d’émission supplémentaire en Suisse pour les secteurs du bâtiment et des transports (voir encadré 2). Le Royaume-Uni, la Californie et le Québec (Western Climate Initiative, WCI), certains États du nord-est des États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Chine, le Japon et la Corée du Sud ont également mis en place des systèmes d’échange de quotas d’émission régionaux ou locaux, ou sont en train de les développer.

Enfin, il existe également des marchés volontaires du carbone tels que Verra (Verified Carbon Standard, VCS), Gold Standard,American Carbon Registry (ACR), Climate Action Reserve (CAR) ou Plan Vivo. Ceux-ci peuvent être utilisés volontairement par des entreprises privées pour compenser leurs émissions ou atteindre leurs objectifs climatiques. Au niveau sectoriel, il existe un mécanisme spécifique à l’aviation, le CORSIA. Un mécanisme similaire pour le transport maritime (OMI) est actuellement en cours d’élaboration.

L’efficacité des options d’adaptation, en particulier celles liées aux écosystèmes et à l’eau, diminuera avec l’augmentation du réchauffement climatique.4 (Ch. B.4.1) À mesure que le changement climatique progresse, il devient de plus en plus difficile et coûteux d’éviter les pertes et les dommages, en particulier pour les écosystèmes et les populations particulièrement vulnérables. Avec un réchauffement climatique supérieur à 1,5 °C, l’adaptation deviendra plus difficile et, dans certains cas, impossible, en particulier pour les régions qui dépendent des glaciers et de la fonte des neiges, ainsi que pour les petites îles dont les ressources en eau douce sont limitées. Avec un réchauffement supérieur à 2 °C, de nombreuses options d’adaptation ne seront plus efficaces ou tout simplement impossibles à mettre en œuvre.4 (Ch. B.4.2)

La mise en œuvre de mesures d’adaptation intégrées et intersectorielles qui tiennent compte non seulement des risques climatiques, mais aussi des inégalités sociales, augmente la faisabilité et l’efficacité de l’adaptation. Une planification à long terme est essentielle pour améliorer l’efficacité de l’adaptation.1 (Ch. B.4.1)

3.2.2 Suisse

A) La Suisse dans son ensemble

Atténuation

Les objectifs de réduction des émissions, fixés dans la loi sur le CO2, ainsi que l’objectif de zéro émission net d’ici 2050 et les objectifs intermédiaires de réduction des émissions, fixés dans la loi suisse sur le climat et l’innovation (LCI), prévoient une réduction d’au moins 50 % d’ici 2030, d’au moins 64 % en  moyenne pour les années 2031–2040, d’au moins 75 % d’ici 2040 et d’au moins 89 % en moyenne pour 2041–2050 par rapport à 1990.97, 256 Les objectifs inscrits dans les lois de la Suisse s’inscrivent dans un cadre prévu par les objectifs de l’Accord de Paris. Toutefois, les mesures adoptées jusqu’à présent sont probablement insuffisantes pour atteindre ces objectifs.408 En outre, il manque à la fois des objectifs et des mesures pour réduire les émissions induites par les importations et les émissions liées aux flux financiers suisses. Une partie de la réalisation des objectifs prévus repose par ailleurs sur l’achat de crédits d’émission étrangers. À court terme, cette approche est certes moins coûteuse pour atteindre les objectifs climatiques que la seule mise en œuvre de mesures dans le pays.258 À moyen et long terme, et dans la perspective de l’objectif de zéro émission net, l’achat de certificats de réduction internationaux n’a toutefois qu’une utilité limitée. En effet, les émissions excédentaires par rapport aux objectifs de réduction qui sont « compensées » par l’achat de certificats étrangers persistent. Pour atteindre l’objectif de zéro émission net, ces émissions résiduelles devraient alors être réduites très rapidement au niveau national.86 En outre, l’effet des certificats d’émission sur les réductions réelles des émissions est remis en question.259 Dans quelle mesure la trajectoire de réduction de la Suisse est conforme au principe de « responsabilité commune mais différenciée »,257 lequel tient compte des différentes conditions (p. ex. capacité financière ou responsabilité historique) des divers États, dépend des critères de justice et d’équité et des critères de répartition retenus et fait l’objet de discussions scientifiques, sociales et politiques.

Environ un quart des émissions annuelles de la Suisse, soit environ 12 à 14 millions de tonnes de CO2, ne peuvent pas être complètement évitées.93 Elles proviennent de la production de ciment, du traitement des déchets, de l’agriculture et de l’aviation. Pour les réduire ou les compenser, il est nécessaire de procéder à l’extraction et au stockage du CO2. D’ici 2050, environ 7 millions de tonnes de CO2 par an devraient être captées à des sources ponctuelles. La mise en place d’une telle infrastructure pour la capture, le transport et le stockage du CO2 devrait coûter environ 16 milliards de francs selon les estimations.260 Les 5 à 7 millions de tonnes de CO2 restantes, difficiles à éviter, devraient être compensées par des technologies à émissions négatives à l’étranger.261

La loi sur le climat et l’innovation prévoit que toutes les entreprises devront atteindre zéro emissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050.262 Pour ce faire, elles peuvent élaborer des feuilles de route pour la réduction de leurs émissions. Ces plans doivent identifier à un stade précoce les obstacles à la neutralité carbone et servir de base à des mesures coordonnées pour les surmonter. Ils ne sont toutefois obligatoires que pour les entreprises qui demandent une aide financière.

Comme au niveau mondial, la Suisse a également besoin d’une combinaison de mesures de réduction orientéés vers l’efficacité et la sobriété pour atteindre la neutralité climatique. Les deux mesures orientées vers la sobriété qui présentent le plus grand potentiel sont un changement des habitudes alimentaires et une réduction du trafic aérien.255

Adaptation

Il est important de coordonner l’action publique du niveau local au niveau mondial, en impliquant la société civile et le secteur privé. Le « Réseau pour l’adaptation aux changements climatiques » récemment mis en place est un exemple de cette gouvernance à plusieurs niveaux et intersectorielle.263 La stratégie du Conseil fédéral pour l’adaptation aux changements climatiques en Suisse, publiée en 2012, intègre des objectifs d’adaptation dans les politiques sectorielles.264, 265

Le plan d’action 2020–2025 qui l’accompagne comprend 75 mesures, dont 63 spécifiques à des secteurs tels que la gestion de l’eau, l’agriculture et la santé, et 12 intersectorielles visant à améliorer les connaissances, la coordination et la mise en œuvre de la stratégie.264 Le système fédéral suisse permet une approche décentralisée qui permet aux autorités locales d’adapter les mesures d’adaptation à leur situation spécifique tout en les harmonisant avec les objectifs nationaux.266, 267 Dans ce contexte, « Adapt+ », un programme de financement fédéral qui soutient les mesures d’adaptation au changement climatique jusqu’à hauteur de 50 % des coûts du projet, a également été lancé début 2025.268

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fait état de contraintes et de limites au niveau actuel d’adaptation en Suisse.269 P. ex., bien que l’irrigation constitue une stratégie d’adaptation viable pour l’agriculture, son efficacité est de plus en plus limitée par la diversité des utilisations et des besoins en eau.108, 270

Moins les efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre sont efficaces, plus il faut investir dans l’adaptation et plus les limites de l’adaptation sont rapidement atteintes en raison de l’accumulation de restrictions de différentes natures,111 y compris en Suisse. Cela signifie que les mesures et stratégies d’adaptation existantes pourraient ne pas suffire à réduire les impacts et les risques futurs à un niveau acceptable. En Suisse, il y aura probablement de plus en plus de situations dans lesquelles il faudra évaluer le rapport coût-bénéfice des mesures d’adaptation, p. ex. lorsque la protection contre les dangers naturels tels que les inondations ou les coulées de boue deviendra trop coûteuse à certains endroits en raison de l’augmentation de leur intensité et/ou de leur fréquence.271

B) Eau

Adaptation

Les mesures d’adaptation aux changements saisonniers du régime hydrologique visant à lutter contre la pénurie d’eau en été comprennent : des méthodes d’irrigation efficaces, la séparation de l’eau potable et de l’eau d’usage industriel, l’utilisation de réservoirs polyvalents (p. ex. des lacs de barrage comme réservoirs d’énergie, protection contre les inondations, rétention d’eau pour l’irrigation, etc.) ainsi que des restrictions d’utilisation locales272, 273 ou le remplissage ciblé des réservoirs aquifères.148

L’adaptation à des risques naturels plus fréquents et plus intenses est indispensable et comprend à la fois des mesures de construction, des solutions d’assurance, des changements dans l’aménagement du territoire et l’utilisation des sols, ainsi qu’une renaturation de l’espace réservé aux cours d’eau.274 En outre, une adaptation efficace nécessite des capacités publiques suffisantes et une volonté correspondante de surmonter les événements.

La diminution des quantités de neige, le recul des glaciers et l’allongement des périodes de sécheresse rendent nécessaires de nouveaux systèmes efficaces de gestion de l’eau dans les régions alpines afin de pouvoir faire face à une éventuelle pénurie d’eau. Les besoins en eau des installations d’enneigement artificiel entrent en outre de plus en plus en conflit avec les besoins en énergie hydraulique et en eau potable.53

C) Biodiversité

Atténuation

La restauration des sites marécageux permet non seulement de protéger des habitats précieux, mais contribue également de manière importante à la protection du climat grâce à leur capacité à stocker le CO2.276

Lors de la planification d’infrastructures pour les énergies renouvelables, notamment dans les régions alpines, la collaboration entre les experts en énergies renouvelables, en climatologie, en aménagement du territoire et en biodiversité est essentielle pour garantir que ces projets soient mis en œuvre sans nuire à l’équilibre écologique.277

Adaptation

La hausse des températures et la multiplication des événements extrêmes tels que les périodes de sécheresse influencent le fonctionnement de divers écosystèmes, notamment les zones marécageuses et les paysages agricoles. Dans les prairies en particulier, une grande diversité d’espèces contribue à garantir les services écosystémiques, du moins en ce qui concerne les rendements fourragers, même en période de sécheresse.275, 278

Les mesures visant à préserver la biodiversité comprennent: une protection renforcée, la mise en réseau de tous les types d’habitats de grande qualité écologique (« infrastructure écologique »), une utilisation durable des terres et l’intégration de la biodiversité dans l’aménagement du territoire sur l’ensemble des territoires.279 Il s’agit avant tout d’accroître la biodiversité dans l’agriculture, p. ex. grâce à des pratiques et des systèmes de culture agroécologiques, et de préserver l’espace alpin en tant que hotspot, zone de haute biodiversité et refuge pour de nombreuses espèces pour lesquelles la Suisse endosse une grande responsabilité.280 La prévention de l’imperméabilisation des sols et les mesures de renaturation contribuent également à l’amélioration de la situation.282, 283

L’exploitation touristique doit idéalement être aussi douce que possible, c’est-à-dire avec le moins d’interventions possibles dans le paysage, telles que le nivellement ou les mesures de construction. Dans le cas du tourisme de ski, il est également important de préserver les sols et la végétation. Lorsque des interventions sont nécessaires, une végétalisation proche de la nature peut contribuer à la stabilisation écologique.

D) Forêt

Atténuation

L’utilisation durable du bois comme matériau de construction dans le cadre d’une économie circulaire aussi régionale que possible pourrait contribuer de manière importante à l’objectif de zéro nette émissions de gaz à effet de serre du Conseil fédéral.284, 285 La réduction du changement climatique par le reboisement est plus prometteuse lorsque le bois est utilisé pour remplacer des matériaux de construction énergivores tels que l’acier et le ciment que lorsque les réserves forestières sont augmentées ou leur utilisation réduite.284

L’utilisation énergétique directe du bois (en remplacement des combustibles fossiles) devrait être limitée au bois endommagé et aux déchets de scierie, car les émissions de particules fines qui y sont associées sont nocives pour la santé et ne permettent pas de fixer davantage de carbone provenant de l’atmosphère. L’utilisation et l’exploitation accrues du bois suivent idéalement le principe de l’utilisation en cascade avec une première utilisation du matériau bois, après recyclage, une deuxième utilisation et enfin une utilisation énergétique.46, 284 Actuellement, la priorité est de renforcer l’utilisation du matériau bois. En raison des conditions opérationnelles et économiques, une grande partie du bois (56 %) est aujourd’hui directement utilisée à des fins énergétiques.46

Adaptation

La gestion forestière vise à accroître globalement la diversité des structures forestières, des essences et du patrimoine génétique afin de rendre les forêts plus résistantes et plus aptes à s’adapter au changement climatique à moyen et long terme.

Outre l’adaptation des pratiques sylvicoles, l’introduction contrôlée d’essences d’arbres capables de s’adapter aux conditions climatiques futures peut également constituer une mesure judicieuse.286 L’objectif d’une gestion forestière durable et intégrative est donc de viser des forêts diversifiées, proches de la nature et donc résistantes, composées d’essences pérennes qui permettent de récolter du bois et de garantir le stockage du carbone dans le climat du futur, sans nuire à d’autres fonctions forestières importantes.287

E) Glace et neige

Adaptation

Le développement de formes de tourisme alternatifs peut contribuer à atténuer les conséquences de la diminution de l’enneigement dans de nombreuses stations de sports d’hiver. Certaines régions ont également la possibilité de réduire leur dépendance au tourisme en développant d’autres secteurs économiques.288

Pour une exploitation durable des infrastructures en haute montagne, les conditions du pergélisol et leur évolution doivent être prises en compte dans la planification. Afin de s’adapter à l’évolution des risques alpins liés aux éboulements, aux avalanches, aux coulées de boue et aux inondations, il est important d’adapter la gestion des risques naturels, p. ex. en identifiant les nouvelles zones à risque, en mettant en place des systèmes d’alerte précoce ou en prenant des mesures de protection.289

F) Agriculture et système alimentaire

Atténuation

La Suisse s’est fixée pour objectif d’atteindre une production alimentaire adaptée au climat et aux conditions locales avec un taux d’autosuffisance d’au moins 50 %, de réduire l’empreinte gaz à effet de serre de l’alimentation par habitant de deux tiers par rapport à 2020 et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la production agricole nationale d’au moins 40 %.290 Cependant, les mesures actuellement prises sont encore loin d’atteindre cet objectif.291, 292

Les options en matière de mesures techniques de production dans l’élevage comprennent des adaptations dans l’alimentation293–295 et la gestion des troupeaux296 ou la construction d’installations de biogaz.297 Dans la production végétale, une fertilisation azotée plus efficace298, 299 une culture accrue de légumineuses300, 301 et la séquestration du carbone (p. ex. par la formation d’humus302, 303 l’épandage de charbon végétal304 ou les systèmes agroforestiers305) peuvent contribuer à atteindre les objectifs susmentionnés.

La mise en œuvre de mesures techniques du côté de la production est difficile.291 Cela s’explique d’une part par des coûts élevés,306 mais aussi par des défis logistiques et organisationnels liés, entre autres, à la petite taille des structures agricoles, ainsi que par des aspects sociaux et culturels.307, 308

Les mesures structurelles du côté de la consommation se concentrent sur les processus de transformation et les changements de comportement tout au long de la chaîne de valeur et présentent un potentiel important (moins 50 % des émissions). Les deux axes principaux sont la réduction des pertes alimentaires309, 310 et la transition vers une alimentation respectueuse des ressources.309, 310 

Une perspective systémique globale est indispensable pour une protection efficace du climat. Cela inclut l’utilisation efficace des surfaces limitées et de la biomasse produite.311 Environ 80 % des émissions agricoles en Suisse peuvent être attribuées à l’élevage291 et à la consommation d’aliments d’origine animale.312 60 % des terres arables suisses sont consacrées à la production d’aliments pour animaux.313 Une réduction des émissions agricoles peut donc être obtenue en encourageant la culture d’aliments d’origine végétale et en renforçant une alimentation à base de plantes.314, 315 Parallèlement, l’adaptation de la population animale à l’offre alimentaire locale peut également contribuer à réduire les émissions.316, 317 Ces adaptations entraînent une augmentation du degré d’autosuffisance et de la sécurité d’approvisionnement.318

Les connaissances actuelles en matière de conception et d’approche intégrée des politiques publiques fournissent des indications importantes pour l’élaboration de mesures politiques.Q, 314, 319, 320 L’objectif est d’intégrer la valeur ajoutée à différentes mesures axées sur la consommation et la production afin que l’offre et la demande évoluent de manière aussi parallèle que possible. Pour garantir l’acceptation politique, il est important de planifier stratégiquement l’échéancement des mesures.320 Enfin, il convient d’améliorer la transparence de la répartition de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la chaîne de valeur, de réduire les mauvaises incitations dans les instruments politiques actuels et de prendre des mesures pour internaliser les coûts externes.321, 322

Adaptation

Des stratégies d’irrigation innovantes et économes en eau et la sélection de variétés résistantes à la sécheresse et à la chaleur sont des éléments essentiels de l’adaptation dans l’agriculture.323 L’agriculture extensive ou biologique ne constitue pas en soi une assurance contre les conséquences négatives du changement climatique, car même ces systèmes de culture atteignent leurs limites en cas de sécheresse.324 La recherche de cultures alternatives peut favoriser une production alimentaire régionale résiliente au climat325, 326 et contribuer de manière importante à une alimentation saine.327

G) Santé

Atténuation

En 2019, le secteur de la santé était responsable d’environ 6,7 %R de l’empreinte gaz à effet de serre totale de la Suisse, ce qui est supérieur à la moyenne des pays occidentaux.328, 329 De plus, il affiche l’une des empreintes énergétiques par habitant les plus élevées au monde.330 Une réduction des émissions de gaz à effet de serre dans ce secteur est donc nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques nationaux. Les principales sources d’émissions sont les médicaments et les dispositifs médicaux (plus de 30 % des émissions du secteur) ainsi que les infrastructures hospitalières et les infrastructures spécialisées.331, 332 Plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, ont élaboré des stratégies de décarbonation de leur système de santé ; les émissions de gaz à effet de serre y ont été réduites de manière continue au cours des 20 dernières années.333, 334

Les stratégies de réduction peuvent être classées en deux catégories. D’une part, il s’agit de décarboner les infrastructures existantes grâce à de nouvelles technologies, d’introduire des directives d’approvisionnement durables ou d’adapter les pratiques cliniques (p. ex., en renonçant aux gaz anesthésiants particulièrement nuisibles pour le climat, tels que le desflurane). Toutefois, ces approches visant à accroître l’efficacité sont jugées insuffisantes pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.335 Une refonte plus profonde du système de santé est donc, d’autre part, nécessaire, notamment en renforçant la prévention, la promotion de la santé et les services de soins de base de proximité.331, 336

Adaptation

Dans le cadre de l’adaptation à l’augmentation des contraintes thermiques, la sensibilisation et l’information sont prioritaires à court terme. Les professionnels de la santé et les autorités ont besoin d’informations sur les risques liés à la chaleur et sur les mesures d’adaptation possibles afin de pouvoir réagir de manière appropriée. Afin de renforcer les compétences de la population en matière de chaleur, des mesures efficaces mais peu connues – p. ex. en matière d’alimentation, d’habillement, de médicaments et de vigilance sociale – peuvent être communiquées de manière ciblée et compréhensible aux groupes particulièrement vulnérables tels que les personnes âgées, les personnes défavorisées sur le plan éducatif et en difficulté financière.337 La Confédération met à disposition du matériel d’information à cet effet (les trois règles d’or pour les jours de canicule). De nombreux cantons utilisent ce matériel ou leur propre matériel.338 À moyen et long terme, il s’agit de concevoir les zones résidentielles et les zones de travail de manière à offrir une qualité de vie et de séjour agréable, même lorsque la chaleur estivale augmente.

Une planification urbaine axée sur davantage d’espaces verts, de meilleures voies piétonnes et cyclables et une construction plus durable peut, p. ex., contribuer à réduire les îlots de chaleur urbains et ainsi améliorer considérablement la qualité de vie.70

Les mesures de protection contre la chaleur, telles que les plans d’action cantonaux contre la chaleur, contribuent à minimiser les conséquences de la chaleur sur la santé.61 Il est nécessaire d’agir pour promouvoir les échanges et la coordination intercantonaux afin d’utiliser plus efficacement les ressources dans les cantons et de se soutenir mutuellement dans le suivi et l’évaluation des mesures.338

La surveillance et la lutte contre les maladies à transmission vectorielle devraient être renforcées.339

Le développement de concepts de « co-bénéfices » pour la santé et l’environnement ainsi que d’un système de santé plus résilient augmenterait l’efficacité des mesures d’adaptation et faciliterait également la gestion des maladies émergentes.336, 340

H) Système énergétique, infrastructures et espace urbain

SYSTÈME ÉNERGÉTIQUE EN GÉNÉRAL

Atténuation

Le système énergétique est actuellement, et de loin, le plus grand émetteur direct de gaz à effet de serre en Suisse et joue un rôle central dans la réduction des émissions. Alors que la production d’électricité est déjà en grande partie neutre en termes d’émissions de gaz à effet de serre, la plupart des émissions sont causées par la production de chaleur et les transports.341 L’électrification du chauffage et des transports (à l’exception du transport maritime et aérien) est l’un des moyens les plus efficaces et les moins coûteux de réduire les émissions.189 Il existe encore un grand potentiel d’action dans ce domaine. La transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables devrait entraîner une baisse globale des prix de l’énergie grâce à une meilleure efficacité énergétique et à la diminution des coûts technologiques.1 (Ch. C.3.1, Ch. C.3.2)

Dans le domaine du chauffage des locaux, l’utilisation de la chaleur résiduelle issue des processus industriels, des usines d’incinération des déchets ou des centres de données (en anglais data centres), combinée p. ex. à des réseaux de chaleur, permet de réaliser des économies d’énergie supplémentaires.189 Les applications qui ne peuvent pas être électrifiées, comme le trafic aérien ou certains processus industriels, peuvent être décarbonées grâce à l’utilisation de sources d’énergie chimiques renouvelables telles que le biométhane, l’hydrogène ou le kérosène durable.

Pour les émissions difficilement évitables, la Suisse mise sur le captage du CO2 et le raccordement à l’infrastructure européenne : après la ratification du Protocole de Londres en 2023 et les accords conclus en 2025 avec la Norvège et le Danemark, le CO2 pourra être exporté et stocké de manière permanente.344, 345 Dans le même temps, des essais pilotes pour le transport du CO2 par route, rail ou bateau ont été annoncés,345 tandis que la date de raccordement de la Suisse à un pipeline de CO2 reste incertaine.

PRODUCTION ET CONSOMMATION D’ÉLECTRICITÉ

Il existe de nombreuses mesures techniquement et économiquement réalisables pour couvrir tout au long de l’année les besoins croissants en électricité liés à la décarbonation, en particulier dans les secteurs des transports et du chauffage, et pour compenser la suppression de l’électricité d’origine nucléaire.189, 346-348 L’hydroélectricité reste la principale source d’électricité, complétée par le photovoltaïque sur les toits et, le cas échéant, dans les espaces ouverts. Cependant, afin de faire face à l’irrégularité de la production d’électricité, la consommation d’électricité doit également être flexibilisée, p. ex. grâce à des batteries de stockage locales ou à la gestion de la consommation.349

Plusieurs options sont disponibles en Suisse pour compenser la baisse de production d’électricité solaire et hydraulique en hiver. L’énergie éolienne et le photovoltaïque alpin représentent une part importante de la production d’électricité en hiver, mais les projets sont souvent entravés par des coûts élevés ou une acceptation limitée.350 Des mesures politiques peuvent accélérer le développement. Les systèmes de stockage saisonniers – en particulier les lacs de retenue, mais aussi à l’avenir les systèmes de stockage de chaleur ou de gaz – peuvent atténuer davantage les fluctuations saisonnières.351 En outre, des mesures orientées vers l’efficacité et la sobriété peuvent contribuer à réduire les besoins hivernaux.351 Pendant les périodes où la production d’énergie renouvelable est insuffisante, il est nécessaire d’importer de l’électricité et/ou, à titre exceptionnel, de recourir à des centrales thermiques (au gaz).350, 352 Des nouvelles centrales nucléaires pourraient jouer un rôle à partir de 2050 au plus tôt et ne contribuent donc pas à combler le déficit hivernal à court et moyen terme.353

INDUSTRIE ET TRANSPORTS

Atténuation

La chaleur industrielle à basse et moyenne température (moins de 300 °C) peut être de plus en plus souvent fournie par des pompes à chaleur (génératrices de vapeur).354 Pour les températures plus élevées, des vecteurs énergétiques chimiques sont encore souvent nécessaires. Pendant la phase de transition, les combustibles fossiles peuvent être combinés avec le captage du carbone.

Les technologies permettant de produire des sources d’énergie chimiques renouvelables pour l’industrie et le transport aérien et maritime sont en grande partie développées. Une coopération internationale coordonnée est nécessaire pour mettre en place des capacités de production, réduire les coûts et garantir la sécurité d’approvisionnement.355 Pour la Suisse, l’importation de ces sources d’énergie restera indispensable.356 À cet égard, un système de garantie d’origine (en allemand HKN-System) a déjà été créé pour les normes de durabilité et les partenariats énergétiques à long terme357 et les premières déclarations d’intention relatives à l’approvisionnement en sources d’énergie chimiques durables ont été signées (p. ex. avec Oman).358

Dans le cadre de la loi sur le climat et l’innovation, la Confédération encourage les processus et technologies innovants visant à décarboner l’industrie.359 L’extension et le développement d’instruments comparables au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, MACF) pourraient contribuer à garantir la compétitivité et à créer de la sécurité pour les investissements.

La décarbonation du trafic aérien dépend de la disponibilité de carburants synthétiques durables (appelés « carburants d’aviation durables », CAD, en anglais Sustainable Aviation Fuels, SAF).356 L’assujettissement des carburants fossiles pour l’aviation à l’impôt sur les huiles minérales ou à la taxe sur la valeur ajoutée, comme c’est le cas pour l’essence et le diesel, pourrait inciter à réduire leur utilisation. Les exigences réglementaires existantes, telles que les quotas de CAD dans la loi suisse sur le CO2 et le système suisse d’échange de quotas d’émission, créent des normes et des incitations commerciales pour réduire les émissions, mais ne peuvent être efficaces que si la production est suffisamment importante.

Grâce à l’électrification, le transport routier peut devenir relativement rapidement neutre sur le plan climatique, malgré la part encore relativement faible des véhicules électriques, qui est aujourd’hui de 4 %.343 Les instruments politiques tels que les objectifs d’émissions de l’UE pour les voitures neuves ont un effet immédiat (dans l’UE) et la base technologique pour les véhicules électriques à batterie est disponible.361 Des émissions zéro nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050 seraient techniquement réalisables et économiquement réalistes dans ce secteur.

Les mesures visant à promouvoir la mobilité active et partagée – telles que la marche et le vélo, les vélos électriques ou les concepts de mobilité comme service (en anglais Mobility as a Service, MaaS) – peuvent en outre réduire les émissions, diminuer la consommation d’énergie et offrir des avantages pour la santé.362 Ces évolutions complètent l’électrification et augmentent l’efficacité globale du secteur des transports.

BÂTIMENTS ET INFRASTRUCTURES

Atténuation

Les rénovations génèrent nettement moins d’émissions que les nouvelles constructions sur l’ensemble du cycle de vie, car elles continuent d’utiliser l’énergie grise et les matériaux de construction existants.363, 364 La priorité devrait donc être donnée en premier lieu à la rénovation des bâtiments, puis à la réutilisation des composants et enfin au recyclage des matériaux de démolition.365 Actuellement, cependant, seul environ 1 % du parc immobilier est rénové chaque année, alors qu’il faudrait au moins 2 à 3 % pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.366 L’utilisation accrue du bois et d’autres matériaux biogènes à la place du béton ou de l’acier peut également réduire les émissions, à condition qu’ils proviennent d’une exploitation durable.367 Le captage et le stockage du carbone sont indispensables pour l’industrie du ciment, mais cela nécessite une infrastructure de transport à grande échelle via des pipelines.

La transition des systèmes de production de chaleur est un levier central pour la décarbonation du parc immobilier. Les systèmes de chauffage fossiles peuvent être remplacés par des pompes à chaleur, du chauffage urbain à faible émission de CO2 ou d’autres solutions renouvelables. L’utilisation énergétique du bois doit se concentrer sur les applications nécessitant des températures élevées et la production combinée d’électricité et de chaleur (installations de couplage chaleur-force, installations CCF).368

En plus de la taxe sur le CO2 appliquée aux combustibles, l’extension du système suisse d’échange de quotas d’émission (SEQE-CH) au secteur du bâtiment, à l’instar du nouveau système européen d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE 2), pourrait avoir un effet incitatif. Outre les incitations offertes par le programme Bâtiments de la Confédération et des cantons, la nouvelle loi sur le climat et l’innovation (LCl) et les prescriptions énergétiques (selon le Modèle de prescriptions énergétiques des cantons, MoPEC), d’autres étapes sont nécessaires, telles que la mise en œuvre de principes fondamentaux stratégiques, une meilleure priorisation des mesures ainsi que de meilleurs processus de pilotage et de coordination.370

Adaptation

Dans le secteur du bâtiment, l’optimisation énergétique et architecturale permet de réduire les températures intérieures et ainsi de lutter contre la chaleur croissante dans les villes. Le refroidissement passif et économe en énergie, l’amélioration de l’isolation thermique, les systèmes d’ombrage, les surfaces claires ou réfléchissantes ainsi que la végétalisation des toits et des façades réduisent également les besoins en électricité pour le refroidissement actif.371 Le choix de matériaux et de méthodes de construction adaptés au climat contribue également à réduire le réchauffement et les risques de dommages.371

Pour les infrastructures exposées telles que les voies de communication, les ponts, les réseaux énergétiques et de communication, des méthodes de construction renforcée et des systèmes de drainage optimisés sont nécessaires afin de les rendre plus résistants à la chaleur, aux fortes pluies et aux coulées de boue. En outre, les systèmes numériques de surveillance et d’alerte précoce en cas d’inondations, de glissements de terrain ou de vagues de chaleur deviennent de plus en plus importants pour détecter les risques à un stade précoce et prendre des contre-mesures. L’intégration systématique de ces adaptations dans les directives relatives à la construction et aux infrastructures renforce à long terme la résilience de l’environnement bâti et protège la population et les réseaux d’approvisionnement.264

ESPACE URBAIN

Adaptation

Parmi les mesures architecturales les plus efficaces pour promouvoir des structures adaptées au climat figurent la végétalisation accrue des parcs, des arbres urbains, des toits et des façades végétalisés, ainsi que la désimperméabilisation des surfaces.371 Ces mesures réduisent les températures de surface, améliorent le refroidissement par évaporation et favorisent le refroidissement nocturne. En complément, les couloirs d’air frais et l’intégration d’espaces aquatiques contribuent à améliorer le climat urbain. Des solutions infrastructurelles telles que des espaces publiques couverts au centre-ville et des espaces climatisés accessibles offrent une protection à court terme aux groupes de population vulnérables pendant les périodes de grande chaleur.193

Pour réduire le risque d’inondation lié à l’augmentation des précipitations, il est nécessaire de procéder à une désimperméabilisation ciblée des sols des espaces urbains et d’aménager et adapter les systèmes d’évacuation des eaux usées. Le concept de « ville éponge », qui repose sur une gestion décentralisée des eaux pluviales avec rétention, infiltration et évaporation, est particulièrement efficace à cet égard.73 Ce concept contribue non seulement à soulager les réseaux d’égouts, mais offre également des avantages supplémentaires en matière de réduction de la chaleur urbaine.372

I) Économie et société

ENTREPRISES

Atténuation

La loi sur le climat et l’innovation prévoit des mesures spécifiques aux entreprises. Outre les mesures conventionnelles en matière de politique climatique et énergétique, des progrès en matière de réduction peuvent également être réalisés au niveau des entreprises grâce à une meilleure gestion des matériaux et à un cadre réglementaire approprié. L’économie circulaire offre un potentiel considérable à cet égard, car elle encourage une utilisation efficace des ressources à toutes les étapes du cycle de vie des produits, tout au long de la chaîne d’approvisionnement.373-375

Jusqu’à présent, la Suisse n’a exploité que dans une faible mesure le potentiel entrepreneurial de l’économie circulaire. Actuellement, 10 % des entreprises suisses investissent dans des activités liées à l’économie circulaire, mais même ces pionniers ne tirent que des revenus limités des systèmes de produits circulaires.376 Les domaines de l’alimentation, de la construction et du logement, de la mobilité privée, de la construction de machines et de l’industrie chimique recèlent le plus grand potentiel inexploité en Suisse en matière d’efficience des ressources et d’économie circulaire.377

La révision de la loi sur la protection de l’environnement en 2024 a créé une base juridique pour le développement de l’économie circulaire en Suisse, avec de nouveaux instruments pour la Confédération, les cantons et les communes, ainsi que des incitations pour les entreprises à utiliser les ressources de manière plus efficiente. Le mécanisme prometteur de la solution de branche a notamment été renforcé de manière ciblée. Certains critères ne sont toutefois pas formulés de manière contraignante, ce qui explique pourquoi le cadre de mise en œuvre effectif reste encore relativement peu clair à l’heure actuelle.378

Adaptation

Une gestion prévisionnelle des risques climatiques, en particulier des risques naturels, réduit les coûts et ouvre des opportunités sur le marché. Les entreprises qui s’y intéressent de manière proactive affichent des indicateurs financiers plus stables à long terme et sont mieux à même de réagir aux changements du marché. Une gestion systématique des risques climatiques renforce donc la résilience et peut procurer des avantages concurrentiels.379

TOURISME

Atténuation

Le secteur du tourisme génère des émissions de gaz à effet de serre élevées, principalement en raison des déplacements sur de longues distances (avec une forte proportion de vols et de trajets en voiture) et, dans une moindre mesure, en raison de l’exploitation des installations.380 Il est possible de réduire ces émissions en améliorant l’efficacité énergétique et en utilisant des énergies renouvelables dans de nombreux domaines (transports, hébergements, etc.). Mais le potentiel réside avant tout dans des changements liés au type de tourisme, p. ex. en ciblant un public moins éloigné (Suisse/Europe au lieu de Chine/Japon), en proposant des séjours plus longs au lieu d’excursions d’une journée ou des offres moins gourmandes en énergie (randonnées, jeux, sentiers didactiques, etc.).381

Adaptation

Le changement climatique oblige de nombreuses destinations touristiques à procéder à des adaptations radicales, voire à une réorientation complète de leur modèle économique.382 Même avec le développement de l’enneigement artificiel, le tourisme de ski dans les régions de basse altitude n’est souvent plus rentable. De nombreuses régions misent donc davantage, voire exclusivement, sur le tourisme estival ou sur des activités non liées à la neige, souvent avec beaucoup de succès (p. ex. la région du Stockhorn dans l’Oberland bernois).

INDUSTRIE FINANCIÈRE

Atténuation et adaptation

Reporter l’information financière relative aux changements climatiques (en anglais climate-related financial disclosure) aide les entreprises à rendre leurs activités compatibles avec le climat, à anticiper les risques climatiques et à saisir les opportunités qui en découlent. En interne, cela conduit à prendre le climat au sérieux dans la stratégie, c’est-à-dire à ce que les entreprises connaissent leurs risques climatiques (risques de transition et risques physiques) et les maîtrisent mieux. En externe, cela aide les investisseurs à identifier les entreprises mieux positionnées et conscientes des risques et à allouer les capitaux en conséquence. Cela réduit à son tour les coûts de capital pour les entreprises qui maîtrisent leurs risques climatiques et saisissent les opportunités qui y sont liées. Une information financière relative aux changements climatiques qui produit les effets susmentionnés gagne en pertinence, en particulier lorsque la comparabilité entre les entreprises et les secteurs est garantie.383

Depuis 2021, la réglementation des marchés financiers exige que les entreprises d’une certaine taille divulguent leurs risques liés à l’objectif d’émissions zéro nettes de gaz à effet de serre et leurs risques liés aux effets du changement climatique.384 Cela comprend la gouvernance ainsi que l’identification, l’évaluation, la gestion et la surveillance des risques correspondants. Si la plupart des entreprises se conforment à l’obligation d’établir un rapport sur les questions climatiques, les informations sur la manière concrète dont elles gèrent les risques financiers liés aux changements climatiques font souvent défaut.385, 386

Les mesures internationales prises dans le secteur financier sont fortement axées sur la publication d’informations. Outre la comparabilité des entreprises et des secteurs, d’autres défis doivent être pris en compte dans la conception de l’obligation de publication :

  • Impact limité des rapports environnement, social et de gouvernance (ESG) sur le comportement des investisseurs et des entreprises: des études scientifiques montrent que les rapports ESG n’ont jusqu’à présent guère incité à investir systématiquement dans des modèles commerciaux plus durables387, 388 ou à un changement fondamental de la pensée des entreprises.389 Les changements durables, tels que le passage à des produits avec une longue durée de vie, sont souvent en contradiction avec les logiques d’investissement axées sur la croissance (à court terme).390 L’effet observable se limite au fait que les entreprises ont tendance à se retirer des zones grises juridiques afin d’éviter de nuire à leur réputation.391
  • Risque de greenwashing et de surcharge due aux obligations de reporting : au lieu d’une durabilité substantielle, c’est souvent l’atteinte stratégique des critères ESG qui domine,389 ce qui est difficile à éviter.392 L’obligation croissante de reporting représente une charge, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME), sans pour autant s’accompagner d’une augmentation notable de leurs contributions en matière de durabilité.393 Pour être efficaces, les rapports ESG devraient mettre en évidence de manière ciblée les faiblesses, ce qui est toutefois difficile à mettre en œuvre dans la pratique.389, 394

À l’avenir, l’efficacité des rapports financiers relatifs aux changements climatiques dépendra probablement de la mesure dans laquelle il sera possible de les associer à un cadre d’évaluation cohérent, à des indicateurs vérifiables et à une meilleure intégration des risques climatiques dans les décisions financières, afin qu’ils puissent servir de base à des processus d’adaptation basés sur des preuves dans le système financier, au-delà de la simple transparence.

FINANCES PUBLIQUES

Atténuation

Les charges financières supplémentaires pour les finances publiques liées à l’objectif de zéro émission nette (p. ex. baisse des recettes provenant de l’impôt sur les huiles minérales ou de la RPLP et augmentation des dépenses suite aux subventions) pourraient être réduites si l’impôt sur les huiles minérales était remplacé par une taxe générale sur la mobilité et si les subventions pour les mesures de protection du climat et d’économie d’énergie était substituées davantage par des taxes incitatives.203

Une analyse des allégements fiscaux ayant un impact important sur les émissions de gaz à effet de serre en Suisse (en premier lieu, l’exonération du trafic aérien international de l’impôt sur les huiles minérales et de la taxe sur la valeur ajoutée, mais aussi la déductibilité des frais de déplacement des pendulaires, l’exonération des véhicules utilitaires légers des redevances sur le trafic des poids lourds et le montant insuffisant de ces redevances pour les véhicules utilitaires lourds, le traitement fiscal avantageux des voitures de fonction et le stationnement gratuit, ainsi que le remboursement de l’impôt sur les huiles minérales aux entreprises avec une licence de transport) montre qu’il existe un potentiel considérable pour des mesures: Selon les résultats du modèle, la suppression de ces avantages permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 2,5 millions de tonnes par an et d’augmenter les recettes de la Confédération de 2,8 milliards de francs suisses et celles des cantons et des communes de 1,7 milliard de francs suisses.395

Adaptation

Les mesures de protection contre l’augmentation des risques naturels en plus de la reconstruction des infrastructures endommagées et d’autres mesures d’adaptation, pèsent déjà aujourd’hui sur les finances publiques, même si ces coûts ne sont pas clairement attribuables au changement climatique. Cependant, la question de savoir si les mesures de protection sont encore proportionnées aux risques ou si certaines infrastructures et certains bâtiments doivent être démantelés se posera de plus en plus souvent. En cas de manque de finances publiques, il sera en outre particulièrement important de financer les mesures d’adaptation là où elles déploient le plus d’effet.

Coup de projecteur sur le climat suisse

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