Futur changement climatique et risques

Chapitre 2 / Ce chapitre explique les concepts clés de la description du changement climatique et présente les évolutions, conséquences et risques futurs possibles liés à la progression du changement climatique – au niveau mondial, en Europe et en Suisse.

2.1 Principes généraux

Le budget carbone mondial résiduel à partir de début 2025 s’élevait à 130 Gt CO2 pour avoir 50 % de chances de ne pas dépasser la limite de réchauffement climatique de 1,5 °C visée par l’Accord de Paris. À partir d’un réchauffement climatique de 1,5 °C, le risque d’atteindre des points de bascule dans les systèmes naturels augmente considérablement. Selon les estimations actuelles, nous aurons épuisé ce budget au cours des cinq années suivantes. La part du budget carbone mondial de CO2 que la Suisse est autorisée à consommer dépend d’hypothèses qui doivent être définies au niveau social et politique.

2.1.1 Budgets carbone

A) Au niveau mondial

Chaque émission de CO2 d’origine humaine contribue à peu près de la même manière au réchauffement climatique. En moyenne, le rejet de 1000 gigatonnes de CO2 entraîne une augmentation de la température moyenne mondiale d’environ 0,45 °C.21 (Ch. D.1.1)

Le budget carbone résiduel désigne la quantité maximale de CO2 qui peut encore être émise dans le monde à partir d’aujourd’hui afin de ne pas dépasser une certaine limite de température mondiale. Le respect de cette limite dépend essentiellement de la quantité totale de CO2 émise jusqu’à l’atteinte du zéro net CO2 et de l’ampleur de la réduction des émissions d’autres gaz à effet de serre, en particulier du méthane, au cours de cette décennie.I Ces deux facteurs déterminent dans une large mesure si la limite du réchauffement climatique convenue au niveau international peut être atteinte.

Le budget carbone mondial résiduel à partir de début 2025 s’élevait à 130 Gt de CO2 pour rester, avec une probabilité de 50 %, en dessous de la limite de réchauffement de 1,5 °C visée par l’Accord de Paris.3 Cette estimation a été considérablement revue à la baisse depuis le 6ème rapport d’évaluation du GIEC (AR6)128 (estimation initiale : 500 Gt de CO2 à partir de 2020).

Sur la base de l’estimation du réchauffement anthropique jusqu’en 2024J de 1,36 °C et du taux actuel d’augmentation de la température de 0,27 °C par décennie, on suppose que le réchauffement climatique anthropique atteindrait 1,5 °C dans environ cinq ans si les taux d’émission restaient inchangés.3

B) Suisse

Si le budget carbone mondial résiduel peut être calculé sur la base de connaissances des sciences naturelles, sa répartition entre les différentes régions ou pays repose sur des critères à définir sur le plan social et politique. On pourrait ainsi calculer la part de la Suisse uniquement en pourcentage de la population, mais on pourrait également se baser sur les émissions historiques ou celles induites par la consommation (c’est-à-dire celles générées par l’utilisation finale de biens et de services dans un pays) ou encore sur la capacité financière.129, 130

En Suisse, comme dans pratiquement tous les autres pays, de tels critères normatifs n’ont pas encore été définis. L’Accord de Paris ne le prescrit pas non plus et ne propose aucune méthode reconnue pour répartir équitablement le budget carbone entre les États signataires. En fonction de l’hypothèse retenue, il apparaît que la Suisse a déjà épuisé son budget carbone résiduel pour la limite de 1,5 °C, ou que les objectifs de réduction des émissions fixés par la législation sur le climat en vigueur dépassent le budget carbone résiduel de la Suisse ou le respectent de justesse.

2.1.2 Points de bascule des systèmes naturels

Le système climatique comporte de nombreux points de bascule3 (Annex I, Glossary) au-delà desquels les systèmes climatiques ou les écosystèmes passent à un autre état, avec des changements soit brusques, soit irréversibles. On peut citer comme exemples : le bouleversement de la circulation méridienne de retournement atlantique (souvent appelé « Gulf Stream »), associé à un refroidissement rapide et important en Europe du Nord ; la fonte de la calotte glaciaire du Groenland ou l’effondrement de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, chacun étant associé à une forte élévation du niveau de la mer ; la libération soudaine de méthane provenant de dépôts d’un mélange solide d’eau et de méthane (hydrates de méthane) dans les profondeurs de l’océan ; le dépérissement à grande échelle de la forêt amazonienne ; ou l’extinction d’espèces animales ou végétales.128 (Ch. 1)

Différents points de bascule sont liés entre eux et s’influencent mutuellement.128 (Ch. 1) Le risque d’atteindre ou de dépasser ces points de bascule augmente avec l’augmentation de la température mondiale. Les estimations concernant l’augmentation de température à partir de laquelle ces points de bascule seront atteints sont toutefois très incertaines et font l’objet d’intenses discussions.

2.1.3 Dépassement et retour à la limite de température

Si le réchauffement climatique dépasse un certain niveau, p. ex. 1,5 °C, il pourrait ensuite être ramené en dessous de cette limite pendant des décennies, voire des siècles, en maintenant des émissions nettes de CO2 négativesK à l’échelle mondiale pendant une longue période. Cela nécessiterait des prélèvements supplémentaires de CO2 par rapport à une évolution sans dépassement. Plus le retrait de CO2 à réaliser chaque année est important, plus la mise en œuvre est complexe et coûteuse, et la question se pose de savoir si la quantité requise est techniquement réalisable.

Un dépassement entraînerait également des conséquences néfastes. Certaines de ces conséquences sont irréversibles (p. ex., lorsque les points de bascule sont dépassés, voir ci-dessus), c’est-à-dire qu’elles ne peuvent plus être annulées par un refroidissement global grâce à des émissions nettes négatives. Plus l’ampleur et la durée du dépassement sont importantes, plus les conséquences et les risques supplémentaires pour les systèmes humains et naturels augmentent.

2.2 Futur changement climatique

Sur la base des objectifs de réduction des émissions adoptés par les États (CDN), il est probable que le réchauffement climatique dépassera la barre des 1,5 °C dès 2030. Il serait aussi de plus en plus difficile de limiter le réchauffement à moins de 2 °C. Les scénarios climatiques qui ne retiennent pas de nouveaux objectifs supplémentaires de réduction des émissions indiquent un réchauffement climatique d’environ 2,6 °C d’ici 2100. Pour la Suisse, cela signifie une augmentation de température supérieure à la moyenne: en cas de réchauffement climatique de 2 °C, une augmentation d’environ 3,5 °C de la température moyenne annuelle en Suisse est prévue, et d’environ 4,9 °C, en cas de réchauffement climatique de 3 °C.

2.2.1 Au niveau mondial

Les modèles climatiques mondiaux et régionaux ont gagné en complexité et en fiabilité. Ils reproduisent aujourd’hui tous les composants et processus les plus importants du système climatique et constituent nos principaux outils pour décrire les changements climatiques futurs. Les modèles climatiques ont assez bien prédit l’évolution de la température mondiale à la surface de la Terre dans le passé. Les calculs effectués en 1988 pour l’évolution future des températures131 étaient déjà très proches des observations (p. ex., de la température moyenne mondiale mesurée à la surface de la Terre), si l’on tient compte de l’évolution réelle des émissions.

Compte tenu des objectifs de réduction des émissions actuellement promis par les États (NDC)L, il est probable que le réchauffement dépassera 1,5 °C au cours du XXIe siècle et qu’il sera difficile de le limiter à moins de 2 °C. À l’heure actuelle, l’année 2030 semble être la date la plus probable à laquelle l’objectif de 1,5 °C sera dépassé à long terme.132 Les scénarios modélisés qui correspondent aux NDC annoncées jusqu’en 2030 et 2035 et qui ne prévoient aucune mesure supplémentaire conduisent à un réchauffement climatique d’environ 2,6 °C d’ici 2100.133

Les scénarios d’émissions qui tablent sur une nouvelle augmentation des émissions annuelles de gaz à effet de serre (c’est-à-dire que les NDC actuelles ne sont pas respectées) conduisent à un réchauffement climatique de plus de 3 °C, voire 4 °C, d’ici la fin du XXIe siècle par rapport à la période de référence préindustrielle.1 (Ch. B.1.1)

Trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2100

Figure 10 : La mise en œuvre des contributions nationales en matière de climat (NDC 2030 et 2035) entraînerait probablement un réchauffement climatique de 2,6 °C. Les mesures déjà adoptées devraient conduire à un réchauffement similaire. Si l’on tient compte des objectifs contraignants à long terme ou des objectifs d’émissions nettes égales à zéro, le réchauffement serait limité à environ 2,2 °C au-dessus du niveau préindustriel.133

Encadré 4: Niveaux de réchauffement global

De nouvelles études ont montré qu’indépendamment du scénario d’émissions, il existe un lien évident entre les émissions totales de gaz à effet de serre et le réchauffement global.21 (Ch. D.1.1) Parallèlement, l’augmentation de la température moyenne mondiale est le principal facteur déterminant des changements régionaux d’autres variables climatiques telles que les précipitations. En raison de ces liens, le changement climatique régional futur peut être décrit en fonction de niveaux de réchauffement climatique (global warming levels, GWL), indépendamment du scénario d’émissions (c’est-à-dire comment le climat en Suisse changera en cas de réchauffement climatique de 2 °C, que ce niveau de réchauffement soit atteint en 2050 ou en 2100).

2.2.2 Suisse

Les changements climatiques observés jusqu’à présent en Suisse se poursuivront à l’avenir. Leur intensité et leur fréquence continueront également de s’accentuer.9

Jusqu’à présent, la Suisse s’est réchauffée beaucoup plus que la moyenne mondiale. À l’avenir, ce réchauffement supérieur à la moyenne devrait légèrement s’atténuer : la Suisse continuera certes à se réchauffer plus fortement que la moyenne mondiale, mais plus dans une proportion deux fois plus élevée qu’auparavant. Avec un réchauffement climatique de 1,5 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, les températures moyennes annuelles en Suisse augmenteront de 2,9 °C. Pour un réchauffement climatique de 2 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, on prévoit un réchauffement annuel moyen de 3,6 °C en Suisse, et pour un réchauffement climatique de 3 °C, un réchauffement de 4,9 °C.9 (Ch. 3)

Les différences régionales de réchauffement en Suisse continueront de s’accentuer selon les scénarios. Avec un réchauffement climatique de 3 °C par rapport à la période de référence préindustrielle, le Plateau et le Jura se réchaufferont d’environ 5,1 °C en été (juin à août) et les régions de haute montagne de 6 °C.M Ces différences de réchauffement selon les régions sont particulièrement marquées en été, mais plutôt faibles en moyenne annuelle par rapport au réchauffement climatique.9 (Ch. 3)

2.3 Conséquences futures du changement climatique et risques liés au climat

Une augmentation des risques climatiques est attendue dans toutes les régions du monde. Pour la Suisse, les risques les plus importants sont une augmentation des périodes de grande chaleur et des nuits tropicales, un potentiel accru de dangers naturels, des changements dans les habitats et la composition des espèces, ainsi que des perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales liées au changement climatique.

2.3.1 Au niveau mondial

Une augmentation supplémentaire des risques climatiques est attendue dans toutes les régions du monde.1 (Ch. B.2.3) Avec un réchauffement supérieur à 1,5 °C, les risques augmenteront de plus en plus et se multiplieront. Les risques climatiques deviennent de plus en plus complexes et interconnectés, et donc plus difficiles à gérer. À partir d’un réchauffement climatique de 1,5 °C, le risque d’atteindre des points de bascule dans le système climatique augmente considérablement.134 (Ch. 3.5.5)

À l’avenir, l’élévation progressive du niveau de la mer renforcera considérablement les déplacements de population rendus nécessaires par l’inhabitabilité des zones touchées.135 Le lien entre le changement climatique et les conflits susceptibles d’entraîner des migrations de réfugiés vers l’Europe reste toutefois faible.136

Les rétroactions climatiques vont gagner en importance au cours de ce siècle, même si l’influence directe des humains sur le réchauffement climatique diminue. Il a p. ex. été démontré que les nuages bas, qui se multiplient avec le réchauffement, finissent par aggraver encore le changement climatique.137 Le réchauffement entraîne également une augmentation des émissions de méthane (provenant p. ex. des zones marécageuses) et des émissions supplémentaires de CO2 (provenant p. ex. des incendies de forêt). Celles-ci augmentent à leur tour les concentrations de gaz à effet de serre et donc le réchauffement.3

Encadré 5: Le concept de risque selon le GIEC

Dans le rapport du GIEC, le terme « risque » désigne la possibilité de conséquences néfastes du changement climatique. Il s’agit aussi bien des conséquences sur les êtres humains (p. ex. en matière de santé, de sécurité ou de moyens de subsistance) que sur les systèmes écologiques (p. ex. animaux, plantes ou écosystèmes). Le rapport tient également compte du fait que les risques peuvent résulter non seulement du changement climatique lui-même, mais aussi des mesures prises pour le combattre, p. ex. lorsque les adaptations entraînent des conséquences imprévues. Il reconnaît en outre que les êtres humains perçoivent et évaluent les risques différemment en fonction de leurs expériences, de leurs valeurs et de leurs conditions de vie.

2.3.2 Suisse

A) La Suisse dans son ensemble

La hausse progressive de la température mondiale comporte les principaux risques suivants pour la Suisse :9, 74

  • Chaleur accrue : des températures maximales quotidiennes extrêmes, qui se produisaient autrefois une fois tous les 50 ans, se produisent environ 2,6 fois plus souvent avec un réchauffement climatique de 1,5 °C et environ 16,7 fois plus souvent avec un réchauffement de 3 °C.9 Les épisodes de forte chaleur touchent en particulier les régions de basse altitude, notamment les villes et les agglomérations, où vivent actuellement les trois quarts de la population suisse. Mais les régions des Alpes et des Préalpes, où aucune nuit tropicale ni journée caniculaire n’avait été observée jusqu’à présent, seront également touchées par la chaleur à l’avenir. Cela aura un impact significatif sur la santé humaine et, par conséquent, sur le secteur économique en raison d’une baisse de productivité.74
  • Étés plus secs : contrairement aux analyses précédentes, les mesures effectuées dans toute la Suisse montrent une nette diminution de l’humidité des sols.9 L’évaporation et donc l’assèchement vont continuer à augmenter. De plus, la plupart des projections climatiques indiquent une diminution à long terme des précipitations estivales. La combinaison de ces deux facteurs rendra les sécheresses plus intenses et plus fréquentes. Un temps sec et venteux favorise également la propagation des incendies de forêt.74 (Ch. 2.2.2)
  • Précipitations plus fréquentes et plus intenses : les épisodes de fortes précipitations continueront d’augmenter en toutes saisons. L’air plus chaud peut absorber plus d’humidité, ce qui entraîne des précipitations plus importantes lors d’événements extrêmes.9 Les observations, les modèles et la compréhension des processus indiquent une augmentation de l’humidité de l’air d’environ 6 à 7 % par degré de réchauffement régional.74 (Ch. 2.3) Une intensification des fortes précipitations est particulièrement attendue lors d’épisodes pluvieux de courte durée (quelques heures), comme p. ex. les orages.9, 74 (Ch. 2.3.2)
  • Moins de neige et élévation de la limite du zéro degré : la limite du zéro degré continuera à s’élever. Les précipitations se présenteront donc davantage sous forme de pluie que de neige. La couverture neigeuse diminuera en raison des températures plus douces, en particulier au printemps. La durée de la saison neigeuse sera ainsi considérablement raccourcie, surtout à basse et moyenne altitude. Les zones de haute montagne seront nettement moins touchées.9
  • Augmentation du potentiel de risques naturels : le potentiel de risques naturels continuera d’augmenter, p. ex. en raison du dégel du pergélisol et de la fonte des glaciers dans les zones de haute montagne, qui rendront instables les éboulis, les rochers et la glace. L’économie est particulièrement touchée par les dommages matériels qui en résultent et les pertes dans le tourisme.74 (Ch. 2.3)
  • Modification des habitats et de la composition des espèces : ces changements ont notamment des répercussions sur l’agriculture (pertes de récoltes, ravageurs ou maladies), la biodiversité, l’alimentation et la santé humaine.74 (Ch. 2.5)
  • Chaînes d’approvisionnement mondiales instables : la forte dépendance vis-à-vis des importations étrangères rend la Suisse très vulnérable aux crises internationales. Si les chaînes d’approvisionnement internationales sont interrompues, la satisfaction des besoins en Suisse est menacée, p. ex. en cas de sécheresse entraînant des pertes de récoltes dans plusieurs régions ou en cas de crise sanitaire.74 (Ch. 3.1), 138

Les futures émissions mondiales de gaz à effet de serre détermineront la vitesse et l’ampleur du réchauffement, ses conséquences et la réalisation des objectifs climatiques. Tout réchauffement supplémentaire aura des conséquences climatiques perceptibles pour la Suisse. Une réduction significative des émissions mondiales permettrait d’éviter une partie importante du changement climatique, en particulier le réchauffement dans les Alpes.9

Augmentation des risques en cas de réchauffement climatique en Europe

Figure 11 : Augmentation des risques en cas de réchauffement climatique, par catégorie, en Europe centrale (les risques en Suisse sont similaires).108 (Fig. 13.28), 139

B) Eau

La perte massive de volume des glaciers réduira sensiblement la disponibilité en eau et la production d’électricité pendant les périodes sèches et chaudes, car la quantité d’eau de fonte continuera de diminuer en raison de la fonte des masses de neige et de glace et l’évaporation augmentera. Les sources, mais aussi le volume des eaux souterraines, pourraient perdre de leur débit à l’avenir lors de longues périodes de sécheresse. Cela renforcera la concurrence pour l’eau entre l’utilisation agricole, la production d’électricité, l’approvisionnement en eau potable, l’utilisation industrielle et la protection des eaux.140

Outre une diminution du débit estival, on s’attend à une baisse de la qualité de l’eau dans les lacs en raison de l’augmentation de la température de l’eau, de la fréquence accrue des périodes de sécheresse et d’un brassage des lacs moindre.27, 29, 141–145 Dans le Plateau, les étiages seront plus prononcés et les pénuries d’eau plus fréquentes en été.29, 143, 145

Les dangers naturels liés à l’eau continueront d’augmenter.146 L’augmentation prévue des fortes précipitations aura des répercussions variables selon les régions sur les crues, car l’humidité du sol et la fonte des neiges évolueront également, deux facteurs qui jouent un rôle décisif dans la formation des pics de crue en Suisse.147

Dans les zones urbaines ou imperméabilisées, il faut s’attendre à une augmentation du ruissellement de surface et des pics de crue en raison de l’intensité croissante des précipitations.9 En outre, les événements extrêmes augmenteront en ampleur (intensité et étendue géographique) et en fréquence.141

Les températures des eaux souterraines continueront d’augmenter, ce qui aura des répercussions sur les ressources en eau et l’approvisionnement en eau potable.148 En cas de faible débit, il se peut qu’à l’avenir, ce ne soient plus les cours d’eau qui alimentent les nappes phréatiques, mais l’inverse.149

C) Biodiversité

Le changement climatique aura une influence encore plus forte sur les habitats et le comportement des espèces au fil des saisons, accélérant ainsi les changements dans la composition des espèces et la disparition locale d’espèces dans tous les habitats.150, 151 À l’avenir, la biodiversité pourrait diminuer ou augmenter localement en raison des déplacements territoriaux des espèces.152

À long terme, il faut s’attendre à un recul de certains habitats et des espèces spécialisées qui en dépendent. Cela vaut en particulier pour les marais, les prairies sèches, les sources, les cours d’eau et les habitats alpins.153

Les différences dans l’adaptation des espèces au changement climatique ou dans la vitesse à laquelle elles s’adaptent pourraient à l’avenir entraîner une interruption des interactions entre les espèces, p. ex. lorsque l’activité des pollinisateurs ne coïncide plus avec la période de floraison154, 155 ou lorsque les prédateurs manquent leurs proies dans le temps ou dans l’espace.156, 157 Cela peut entraîner un déclin des espèces concernées et accélérer leur disparition.

D) Forêt

Le changement climatique soumet notamment les arbres des zones de basse altitude en Suisse à un stress croissant, ce qui augmente leur vulnérabilité aux événements extrêmes.22 Cela concerne en particulier les essences fréquentes en Suisse que sont l’épicéa, le hêtre et le sapin.46, 158 Le développement futur des forêts sera donc fortement marqué par les tempêtes, les infestations d’insectes, les incendies ainsi que les périodes de grande chaleur et de sécheresse,159, 160 y compris en altitude.

En raison des effets du changement climatique sur la forêt, de nombreux services écosystémiques demandés par la société seront menacés à l’avenir, du stockage du carbone à la production durable de bois en passant par la protection contre les dangers naturels.161, 162

E) Glace et neige

Avec la hausse continue de la limite du zéro degré et les changements qui en découlent dans la cryosphère alpine, le risque de dangers naturels augmente, tout comme la probabilité de glissements de terrain, de coulées de boue ou d’éboulements dans cette région. Les déformations croissantes des pentes et les tassements du sol, dus au réchauffement du pergélisol et à la perte de glace dans le sol, entraînent un entretien plus coûteux et une durée de vie réduite des infrastructures.163, 164

En raison de la hausse des températures, les précipitations hivernales atteindront des altitudes plus élevées, ce qui augmentera la probabilité de pluies sur les couvertures neigeuses fermées dans les Préalpes et les Alpes.165 Cela peut déclencher des avalanches combinées à des coulées de boue. Celles-ci présentent des caractéristiques particulières en termes de comportement d’écoulement et d’érosion, car les masses de débris très aqueuses s’écoulent plus rapidement et plus loin ou peuvent avoir un pouvoir destructeur plus important que les coulées de boue et les avalanches prises séparément.166

Les mouvements de masse en montagne peuvent déclencher des chaînes de processus (événements extrêmes en cascade). Ces chaînes de processus vont se multiplier à l’avenir 166-168 et peuvent entraîner, à l’échelle régionale et locale, des situations nouvelles ou modifiées en termes de dangers naturels (tels que coulées de boue ou éboulements).

F) Agriculture et système alimentaire

À moyen terme, la possibilité de cultiver certaines cultures en Suisse aura tendance à augmenter, puis à diminuer à plus long terme.169 L’allongement de la période de végétation favorise dans un premier temps la croissance des plantes.56 À l’avenir, cependant, la production végétale sera fortement mise à mal par la sécheresse,58 ce qui rendra l’augmentation effective de la productivité dépendante de la disponibilité en eau.170, 171 La disponibilité en eau sera particulièrement limitée dans les régions alpines après la fonte des glaciers.172 L’élevage sera également affecté par la baisse de la production fourragère, le risque accru de stress thermique ou les problèmes d’approvisionnement en eau.173 La diminution de la stabilité des rendements qui en résultera entraînera des fluctuations plus importantes du degré de mesures orientées vers la sobriété de la Suisse.58

La poursuite de la hausse des températures hivernales174 augmente le risque d’introduction d’espèces envahissantes d’insectes et de ravageurs exotiques. De plus, le potentiel d’interactions avec la flore et la faune indigènes augmentera.175, 176 Cela peut entraîner une augmentation des infestations de ravageurs et le déplacement d’espèces indigènes, mais aussi une plus grande diversité des cultures.

L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes augmentera le risque de dommages aux terres agricoles et aux infrastructures, ainsi que les pertes de rendement dues aux inondations, aux glissements de terrain, à la grêle et aux tempêtes.177

Pour la Suisse, importatrice nette de denrées alimentaires, la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales et la fiabilité des pays partenaires restent importantes pour garantir la disponibilité des denrées alimentaires, des semences, des produits phytosanitaires et des engrais provenant de l’étranger.58 Cependant, comme ces chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus perturbées par des tensions géopolitiques ou des événements climatiques extrêmes, il pourrait être judicieux pour la Suisse de suivre attentivement ces évolutions afin de pouvoir réagir rapidement si nécessaire.58

G) Santé

Les tendances déjà observées aujourd’hui, à savoir une détérioration de la santé due au changement climatique, continuent de s’accentuer et de s’intensifier. Il s’agit notamment d’une augmentation des troubles liés à la baisse de la qualité du sommeil et de la productivité au travail, d’une augmentation des maladies cardiovasculaires et d’un accroissement du stress psychologique (p. ex., irritabilité due à la chaleur, stress consécutif à des catastrophes naturelles, augmentation du taux de suicide).178 (Ch. 8) En Suisse, la mortalité liée à la chaleur sera notamment nettement plus élevée en 2060 qu’aujourd’hui. Outre le changement climatique, l’évolution démographique contribue également de manière significative à l’augmentation des risques sanitaires liés au climat, car la population vieillissante est particulièrement sensible aux températures extrêmes.179, 180

Avec la hausse des températures et donc l’amélioration des conditions de vie des espèces de moustiques, leur propagation se poursuivra. Ce n’est qu’une question de temps avant que des cas d’infection par le virus Zika, la dengue, le chikungunya ou le paludisme ne surviennent en Suisse. C’est déjà le cas dans les pays voisins, la France et l’Italie.181

H) Énergie, infrastructures et espace urbain

Le changement climatique crée de nouveaux risques et opportunités pour le système énergétique. En raison de la hausse des températures hivernales, les besoins en chauffage diminuent.182 Cela permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre des énergies fossiles pendant une phase de transition. Dans un futur système avec principalement des pompes à chaleur, des températures hivernales plus élevées réduiront leurs besoins en électricité. Dans le même temps, la consommation d’électricité augmente en été pour le refroidissement des locaux. Compte tenu de l’offre excédentaire d’électricité attendue des installations solaires par beau temps, cela représente plutôt un allègement pour le système électrique.183 Une commande intelligente des pompes à chaleur pour le refroidissement des locaux peut réduire la charge sur les réseaux électriques.184 En été, un système de dissipation de la chaleur approprié est nécessaire afin de ne pas aggraver inutilement l’effet d’îlot de chaleur urbain dû à la chaleur résiduelle des systèmes de refroidissement.185 Dans l’ensemble, les besoins énergétiques annuels pour le chauffage et le refroidissement diminueront légèrement.186

En raison de la modification des régimes pluviométriques, la productivité de l’énergie hydraulique augmente en hiver, tandis qu’elle diminue en été.27 La forte fonte des glaciers masque encore en partie ce déclin estival, mais celui-ci s’accentuera dès que les glaciers auront largement disparu.187 En raison de la fonte des glaciers, du dégel du pergélisol et de l’augmentation des épisodes de fortes pluies, les apports de sédiments dans les lacs de retenue augmentent, ce qui accélère leur envasement et réduit de plus en plus rapidement leur capacité de stockage utile.188 En outre, les lacs de retenue devront à l’avenir assumer d’autres tâches que la production d’électricité, p. ex. la rétention des crues et l’approvisionnement en eau potable des régions alpines en été. Les dépenses totales en électricité en Suisse devraient légèrement augmenter en raison de la hausse des besoins en électricité pour les transports, le chauffage et le refroidissement des bâtiments, ainsi que pour le fonctionnement des centres de données.189 Il est actuellement impossible de prédire avec certitude si la transition vers les énergies renouvelables entraînera à long terme une augmentation ou une baisse du prix de l’électricité par kilowattheure. Toutefois, l’énergie électrique est nettement plus efficace que les énergies fossiles, de sorte que l’électrification présente globalement des avantages économiques malgré d’éventuelles hausses de prix.189

Les constructions et les infrastructures, c’est-à-dire les bâtiments ainsi que les réseaux d’énergie, de transport et de communication, sont fondamentalement vulnérables aux effets du changement climatique. Cela vaut en particulier pour les événements extrêmes tels que les inondations, les dangers naturels gravitaires tels que les éboulements et les coulées de boue, ainsi que les températures extrêmes.190 Les infrastructures sociales qui servent p. ex. à la protection de la population (protection civile, pompiers, organes de conduite, etc.) sont également confrontées à des défis croissants, notamment en raison de la sollicitation accrue due à des événements extrêmes plus fréquents et plus complexes.191 Le secteur de la santé (hôpitaux, services d’aide et de soins à domicile, etc.) sera de plus en plus sollicité, en particulier pendant les périodes de chaleur.191

Les activités économiques qui dépendront à l’avenir également des marchandises transportées sur le Rhin sont sensibles aux périodes de basses eaux prononcées. Aujourd’hui, outre le pétrole brut et les produits pétroliers, il s’agit principalement des produits agricoles, des matériaux de construction, des métaux et des machines. Si les bateaux à faible tirant d’eau pourraient faciliter le transport en période de basses eaux, leur introduction est lente, car les bateaux existants ont une longue durée de vie et ne sont remplacés que progressivement.192 (Ch. 2.2.3)

I) Économie et société

ÉCONOMIE

Le calcul des coûts d’un changement climatique non maîtrisé est très difficile en raison des incertitudes physiques et socio-économiques ainsi que de la grande complexité du système considéré. Il existe certes des modèles économiquesN qui tiennent compte des adaptations au changement climatique et permettent des estimations de coûts globales, mais ces estimations sont entachées de grandes incertitudes et ne sont souvent que partiellement transposables à la Suisse. À ce jour (à la date de finalisation du présent rapport), il n’existe pas d’estimations fiables et spécifiques à la Suisse qui prennent en compte tous les effets directs et indirects du changement climatique non maîtrisé et des mesures spécifiques prises pour y remédier. Il est toutefois possible d’estimer les coûts en se concentrant sur des aspects ou des secteurs spécifiques et en laissant de côté tous les autres aspects (voir paragraphe suivant). Pour interpréter ces estimations de coûts, il est toutefois indispensable de connaître leurs limites et les hypothèses retenues.

Dans sa stratégie climatique à long terme, le Conseil fédéral s’appuie sur une étude qui calcule explicitement les coûts du changement climatique pour la Suisse.194 Selon cette étude, les coûts macroéconomiques d’un changement climatique non maîtrisé en Suisse pourraient dépasser 4 % du PIB, soit 38 milliards de francs suisses par an, dès 2050. Si la température moyenne à la surface du globe est stabilisée à 2 °C, ces coûts seront réduits à 1,5 % du PIB, soit 14 milliards de francs par an. Cependant, comme seuls les effets sur la croissance économique sont pris en compte et que toutes les influences sur l’homme et la nature ne sont pas considérées, les coûts totaux du changement climatique sont systématiquement sous-estimés.

Bien que le coût total d’un changement climatique non maîtrisé ne puisse être clairement chiffré, on peut supposer au niveau mondial qu’il est nettement supérieur au coût de la lutte contre le changement climatique conforme à l’Accord de Paris.186, 240 (Ch. TS.4.2) D’un point de vue économique, l’atténuation du changement climatique offre également un potentiel économique important pour la Suisse, car le secteur de la protection du climat est l’un des secteurs économiques qui connaît la croissance la plus rapide au niveau mondial.196

TOURISME

Le tourisme hivernal est particulièrement touché par la diminution de l’enneigement. Les coûts de l’enneigement artificiel continueront d’augmenter et atteindront progressivement leurs limites écologiques et économiques en raison de la forte consommation d’eau et d’énergie.192 (Ch. 2.4.2) Les régions de basse altitude sont de plus en plus menacées de devenir non rentables et de devoir se réorienter.77, 197 Les régions de haute altitude bénéficieront certes à court terme d’une sécurité d’enneigement relativement plus élevée, mais elles pourraient également subir des pressions à long terme.

En raison du potentiel croissant de risques naturels (coulées de boue, éboulements, etc.), les coûts d’entretien et de construction de mesures de protection pour les infrastructures touristiques telles que les sentiers de randonnée et les liaisons de transport augmentent également.78, 198

Au printemps et surtout en automne, en revanche, de nouvelles opportunités se présenteront à l’avenir grâce à une saison prolongée, et en été également grâce à un climat plus frais dans les montagnes pendant les périodes de chaleur. La chaleur estivale croissante devrait inciter les touristes à éviter de plus en plus les destinations méditerranéennes traditionnelles et à privilégier les régions plus élevées ou plus septentrionales.198

ASSURANCES ET INDUSTRIE FINANCIÈRE

Le changement climatique ainsi que le développement économique de la propriété privée et des infrastructures publiques, qui entraînent une augmentation de la valeur totale des bâtiments exposés aux risques naturels, vont très probablement continuer à accroître le potentiel de dommages.192 (Ch. 2.3) Le secteur des assurances doit donc faire face à de nouveaux défis, tels que l’augmentation du montant des dommages.

Les acteurs financiers ont tendance à sous-estimer à la fois le risque climatique physique et le risque de transition, c’est-à-dire les risques liés à la transition vers une économie à faible intensité de carbone, en particulier pour les périodes de plus de dix ans.199 En conséquence, l’épargne et les investissements des citoyens et de l’État gérés par les intermédiaires financiers seront exposés à des risques croissants. En outre, le déficit de financement pour l’adaptation et l’atténuation s’agrandira, de sorte que le secteur financier ne contribuera pas autant qu’il le pourrait à la réalisation des objectifs climatiques. Le lien entre le changement climatique et le secteur financier est particulièrement pertinent pour la Suisse, car le secteur financier représente une part plus importante du PIB que dans d’autres pays.200

FINANCES PUBLIQUES

Le changement climatique et les mesures politiques qu’il rend nécessaires entraînent également des charges financières supplémentaires pour les budgets publics. Celles-ci proviennent à la fois des recettes (p. ex., la baisse des recettes provenant de l’impôt sur les huiles minérales) et des dépenses (p. ex., l’augmentation des coûts des mesures d’adaptation et des subventions). La quantification de ces coûts est généralement très incertaine.201 Pour la Suisse, on part du principe que l’impact global du changement climatique sur les finances publiques est majoritairement négatif.202, 203

Coup de projecteur sur le climat suisse

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