Atténuation
Une transformation rapide et globale dans tous les secteurs et systèmes est nécessaire pour parvenir à des réductions profondes et durables des émissions. Cela nécessite le développement considérable d’un large éventail d’options d’atténuation. Des options réalisables, efficaces et rentables pour atténuer le changement climatique sont déjà disponibles, avec des différences régionales et sectorielles. On peut citer comme exemples l’électrification du chauffage et des transports, ainsi que l’utilisation de technologies de production d’énergies renouvelables telles que l’éolien et le solaire.1 Ces options sont partiellement mises en œuvre, mais se heurtent principalement à des obstacles socioculturels et à une résistance économique.1, 253
Il existe un écart important entre les réductions d’émissions résultant de la mise en œuvre des CDN annoncées par les différents États d’ici 2035 et les réductions d’émissions qui seraient nécessaires, selon les modèles de calcul, pour maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale en dessous de +1,5 °C.133 Avec une réduction régulière des émissions mondiales de CO2 à partir de 2020, les émissions nettes de CO2 devraient atteindre zéro en 2041 ou 2036 (selon la probabilité considérée). Les trajectoires de réduction actuelles en sont encore loin.1 (tableau SPM.2)
À cela s’ajoute l’écart entre les CDN et les mesures effectivement prises. Cela signifie que les décisions politiques actuelles des États conduisent à des émissions plus élevées que celles visées et promises par les États sur le papier.83
La combinaison de mesures orientées vers l’efficacité et vers la sobriété contribue de manière importante à la réalisation des objectifs climatiques.91, 254, 255 Sans mesures suffisantes pour encourager les changements de comportement et adapter la demande (approches orientées vers la sobriété), la pression aux changements de technologies du côté de l’offre augmente, p. ex., pour améliorer l’efficacité énergétique (approches orientées vers l’efficacité) ou pour utiliser des technologies de substitution. Cela comporte des risques, en particulier lorsque les approches technologiques s’appuient sur de nouvelles technologies dont le potentiel réel d’atténuation est encore incertain.
Adaptation
Il existe déjà des options d’adaptation réalisables, efficaces et peu coûteuses, mais elles varient selon les systèmes et les régions. Les stratégies correspondantes comprennent, p. ex., la modification de la planification des infrastructures, l’accès des pays pauvres aux innovations (transfert de technologies), la promotion de changements socioculturels et comportementaux, la mise en œuvre de la protection sociale, l’amélioration des services climatiques ainsi que la protection et la restauration des écosystèmes.4 (Ch. 4) En outre, les stratégies visant à améliorer la résilience de l’agriculture et de la sylviculture ainsi que des infrastructures, à maintenir un approvisionnement électrique fiable et à garantir une utilisation efficace de l’eau sont d’une importance cruciale.
Encadré 6: Mécanismes de coopération et systèmes d’échange de quotas d’émission
L’article 6 de l’Accord de Paris a introduit un mécanisme permettant aux États signataires de coopérer volontairement entre eux afin d’atteindre leurs objectifs nationaux de réduction des émissions (CDN) (art. 6.2). Cela peut se faire en partie par le biais de projets de réduction des émissions à l’étranger (voir encadré 2). Ce mécanisme est supervisé par un comité des Nations Unies afin d’éviter d’éventuels abus tels que le « double comptage » (la réduction des émissions est prise en compte dans les deux pays). Grâce à une transparence accrue, à des rapports réguliers et à des exigences de qualité strictes, les projets doivent également pouvoir prouver leur « additionnalité » (à savoir que la réduction des émissions n’aurait pas eu lieu sans les recettes provenant de la vente de crédits carbone). La Suisse prévoit d’utiliser ce mécanisme pour atteindre ses CDN (voir ch. 3.2.2 A).
Outre le mécanisme international, il existe des systèmes régionaux ou nationaux d’échange de quotas d’émission. Dans l’UE, ce système s’appelle « système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne » (SEQE-UE). Il vise à contribuer à la réalisation des objectifs de réduction des émissions de l’UE. Le SEQE-UE fonctionne selon le principe du plafonnement et d’échange de quotas, en anglais cap-and-trade , dans lequel l’UE fixe la limite maximale des émissions totales et la répartit en certificats négociables. Cette limite maximale est continuellement abaissée. Les entreprises reçoivent ou achètent des certificats (en anglais EU Allowances, EUA) qui leur donnent le droit d’émettre une certaine quantité d’émissions. Les quotas non utilisés peuvent être négociés. À partir de 2026, l’UE introduira en outre un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) (en anglais Carbon Border Adjustment Mechanism, CBAM). Les pays tiers qui importent des marchandises à forte intensité d’émissionsP dans l’UE devront à l’avenir acquérir des quotas MACF afin de compenser la différence entre les coûts des émissions dans le pays de production et le prix des quotas dans l’UE. Ce mécanisme sera progressivement intégré dans le SEQE-UE.
Jusqu’en 2020, la Suisse disposait de son propre système d’échange de quotas d’émission (SEQE-CH), qui est désormais lié au SEQE-UE. Les marchandises d’origine suisse sont exemptées de la réglementation MACF en raison des systèmes d’échange de quotas d’émission liés entre l’UE et la Suisse. La Suisse souhaite adapter son système d’échange de quotas d’émission au même rythme que l’UE afin que les systèmes puissent rester liés. Le projet de loi relative à l’ajustement carbone aux frontières lors de l’importation de marchandises à base de ciment (LACFC) est actuellement en élaboration. La loi sur le CO2 à partir de 2030 prévoit également un système d’échange de quotas d’émission supplémentaire en Suisse pour les secteurs du bâtiment et des transports (voir encadré 2). Le Royaume-Uni, la Californie et le Québec (Western Climate Initiative, WCI), certains États du nord-est des États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Chine, le Japon et la Corée du Sud ont également mis en place des systèmes d’échange de quotas d’émission régionaux ou locaux, ou sont en train de les développer.
Enfin, il existe également des marchés volontaires du carbone tels que Verra (Verified Carbon Standard, VCS), Gold Standard,American Carbon Registry (ACR), Climate Action Reserve (CAR) ou Plan Vivo. Ceux-ci peuvent être utilisés volontairement par des entreprises privées pour compenser leurs émissions ou atteindre leurs objectifs climatiques. Au niveau sectoriel, il existe un mécanisme spécifique à l’aviation, le CORSIA. Un mécanisme similaire pour le transport maritime (OMI) est actuellement en cours d’élaboration.
L’efficacité des options d’adaptation, en particulier celles liées aux écosystèmes et à l’eau, diminuera avec l’augmentation du réchauffement climatique.4 (Ch. B.4.1) À mesure que le changement climatique progresse, il devient de plus en plus difficile et coûteux d’éviter les pertes et les dommages, en particulier pour les écosystèmes et les populations particulièrement vulnérables. Avec un réchauffement climatique supérieur à 1,5 °C, l’adaptation deviendra plus difficile et, dans certains cas, impossible, en particulier pour les régions qui dépendent des glaciers et de la fonte des neiges, ainsi que pour les petites îles dont les ressources en eau douce sont limitées. Avec un réchauffement supérieur à 2 °C, de nombreuses options d’adaptation ne seront plus efficaces ou tout simplement impossibles à mettre en œuvre.4 (Ch. B.4.2)
La mise en œuvre de mesures d’adaptation intégrées et intersectorielles qui tiennent compte non seulement des risques climatiques, mais aussi des inégalités sociales, augmente la faisabilité et l’efficacité de l’adaptation. Une planification à long terme est essentielle pour améliorer l’efficacité de l’adaptation.1 (Ch. B.4.1)